‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 32 sur 292 · LIV. V. — IL FAIT BATIR UN MONASTÈRE · texte numérisé non relu

LIV. V. — IL FAIT BATIR UN MONASTÈRE

rain appartenant au collège, et faire consentir le collège à recevoir un dédommagement que lui donnerait la Visitation : des négociations si compliquées offraient peu de chances de succès ; mais, le saint fondateur ayant réclamé la protection du duc de Savoie, du duc de Nemours et de la duchesse de Mantoue *, qui déclarèrent aux parties intéressées que cet arrangement leur était fort à cœur, et qu'ils le demandaient comme un bon office, tous s'inclinèrent devant de tels intercesseurs ; les terrains désirés furent concédés. Le 18 septembre, après la messe pontificale, la duchesse de Mantoue posa, par procureur, la première pierre du monastère; le saint fondateur la bénit au milieu des concerts de musique les plus magnifiques, et bientôt Tédifice sortit de terre.

Au lieu d'applaudir à une si belle œuvre, plusieurs la prirent en aversion et se mirent en tête de la contrarier, tantôt jetant des pierres sur les ouvriers, cachant leurs outils ou dispersant leurs matériaux, tantôt inondant les fondations par des ouvertures pratiquées pendant la nuit dans les digues du canal. Un jour on vint avertir le saint évèque qu'un pauvre, armé d'une hache, brisait le bâtardeau que l'humidité du sol avait obligé d'établir : il accourt aussitôt, et sans changer de visage, ni hausser la voix, il dit au malfaiteur avec sa douceur incomparable : (( Mon ami, cessez, je vous prie. » Et comme le malheureux ne tenait aucun compte ni de la présence du saint ni de ses paroles, il s'approche, saisit doucement la hache de la main, et, joignant à la douceur une majestueuse aatorité, il le reprend fortement. Le malfaiteur intimidé se retire confus; et, comme il s*en allait : « Viens maintenant à « Sales chercher des lettres de recommandation, nous t'en « donnerons, » lui cria l'aumônier, qui accompagnait l'évé- « que. Oui, oui, reprit François, nous lui en donnerons, et de « bon cœur : qu'avez- vous donc fait, Monsieur, des maximes « de l'Évangile? »

* Lettre cccix«.

Le saint évéque, racontant ensuite le fait à sainte Chantai, avoua qu'il s'était senti ému et avait pris son cœur à deux mains pour le contenir dans la douceur. Nonobstant tant de modération, le malfaiteur osa publier d'un air triomphant qu il avait fait mettre le saint en grande colère. Un ami l'informa par lettre du bruit répandu, et lui demanda confidentiellemenl si la chose était vraie. <( Vraiment, lui répondit François, j*ai « ri de bien bon cœur quand j'ai lu dans votre lettre qu'on « vous avait dit que je m'étais mis en colère... Si celui qui « vous a fait un narré de ma colère n'en eût pas eu plus que <t moi, vous ne seriez pas en peine de ce chétif père. Je vous « en supplie, quand il retournera à vous, embrassez-le de (c ma part et lui donnez double charité. Car je vous confesse « qu'il n'a pas eu tout à fait tort. Je fus ému à la vérité; « mais je retins toutes mes émotions, et ai confessé ma fai- « blesse à notre chère mère, qui, en cette occasion^ n'eut, « non plus que moi, aucune parole de passion. Il me semble « que ces bonnes gens-là se plaisent à lui donner de fré- *< quents sujets de mortification, qu'elle boit insatiablement. <c Quel tort cependant avons-nous fait à ce bonhomme? Hé- « las ! notre mère ni moi ne prétendons qu'à dresser une pe- « tile ruche pour loger nos pauvres abeilles, qui ne se mel- <( lent en peine qu'à cueillir le miel sur les sacrées et célestes (c collines, et non de la grandeur et embellissement de leur '< ruche * . »

Tout en dirigeant la construction de ce monastère, François s'occupait de l'envoi d'une colonie de ses filles à Lyon, pour y établir une maison de l'ordre, que demandait déjà depuis longtemps l'archevêque, et que toute la ville appelait de ses vœux les plus empressés. En sage directeur, qui n'impose que des sacrifices volontaires, François commença par sonder les dispositions des sœurs qu'il destinait à cette fondation, et il reçut de toutes la même réponse : qu'elles ne voulaient qu'o-

1 Fondation inédite du premier monastère d'Annecy, p. 27.

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