‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 31 sur 292 · LIV. V. — ATTAQUES CONTRE LA VISITATION · texte numérisé non relu

LIV. V. — ATTAQUES CONTRE LA VISITATION

accabla d'outrages le saint évéque. c< Monsieur, dit François « avec douceur, il eût fallu, avant de vous mettre en colère, « vous bien informer de la vérité; vous auriez appris que je « suis tout à fait étranger aux desseins de votre parente, et « que je ne l'ai aucunement conseillée. » Loin d'accepter celle excuse, Finsolenl seigneur n'en élève que plus haut la voix, et menace de briser les portes du couvent. «Tout beau! << monsieur, reprend François avec fermeté, filez un peu plus « doucement ; les menaces ne valent rien envers personne, et « surtout à mon endroit. Je suis évèque, et la justice ne souf- « frira pas vos insolences contre moi. » Sur ces mots, le fougueux seigneur se retire, et, quelques-uns étant venus dire à François qull avait juré de briser les portes de la Visitation : <* Non, reprit-il trois fois avec énergie, non, non, il ne le fera « pas! ï>

Si la passion ameutait ainsi de jeunes seigneurs contre les Religieuses de la Yisilation, la malignité des langues ne les épargnait pas davantage : on les calomniait indignement, et le saint prélat, pour soutenir leur courage au milieu de ces épreuves, leur rappelait souvent les grandes pensées de la foi. « Je « regrette les péchés des calomniateurs, écrivait-il à madame « de GhantaP ; mais ces injures sont une des plus sûres mar- « ques de l'approbation du ciel, Notre-Seîgneur, pour nous « faire entendre ce secret, ayant voulu être calomnié lui-même «t le premier, et nous ayant dit que bienheureux sont ceux qui <( souffrent persécution pour la justice... Ayons donc confiance « que la miséricorde de Noire-Seigneur achèvera en nous ce « qu'elle a commencé, et donnera, à ce peu d'huile de bonne « volonté que nous avons, un tel accroissement, que tous « nos vases et ceux de nos voisins s'en rempliront. »

Les faits, du reste, parlaient en faveur de Tordre de la Visitation et le défendaient mieux que tous les discours. La baronne de Mirabel, frappée des grandes vertus qui brillaient

1 Lettre» cccxxix* et cccxxx.

dans ce nouvel institut, Tavait constitué son héritier universel. Ses parents, mécontents d*élre privés d'une fortune sur laquelle ils comptaient, ayant voulu plaider pour faire annuler le testament, François, ami de la paix, renonça aussitôt à cette riche succession, disant qu'il ne voulait pas que les abeilles se battissent avec les fourmis pour les biens de la terre, et qu'il était bien aise d'apprendre à ses filles spirituelles à se détacher de toutes les choses de ce monde, à fonder leurs établissements sur une base meilleure que les biens de la fortune, sur la pauvreté accompagnée de toutes les vertus chrétiennes. A l'apologie des faits le saint prélat ne dédaigna pas d'ajouter la protection des puissances delà terre. Il pria l'infante Marguerite, fille du duc de Savoie, duchesse de Mantoue, de prendre sous son haut patronage l'institut de la Visitation. Celte proposition fut accueillie h la cour avec bonheur : u L'in- « faute est comblée de joie, écrivait au pieux prélat le duc de « Savoie, d'avoir été choisie pour être la protectrice d'une aussi « sainte congrégation : nous lui rendrons avec un zèle extraor- (( dinaire tous les services possibles ; nous y sommes portés « non seulement par l'affection particulière que nous avons « pour vous, mais encore par les vertus qui éclatent dans les « dames de votre ordre, lesquelles, ainsi que nous Tarons ap- « pris, édifient toute cette province. » En conséquence, l'infante déclara par lettres patentes, qu'elle transmit au sénat de Savoie, qu'elle prenait pour le présent et l'avenir cette congrégation sous sa protection, et que sa volonté était qu'elle fût favorisée et soutenue dans tous les Ëlats de Son Altesse Royale le duc son père.

Jusque-là ces saintes Religieuses n'avaient habité que des maisons bâties pour des particuliers, nullement adaptées aux usages d'une communauté régulière; et il était important que la première maison de la Visitation offrit le modèle d'un monastère de cet ordre. Bien des difficultés s'opposaient à l'exécution du projet : il fallait obtenir un terrain appartenant aux Dominicains, faire agréer à ceux-ci en échange un autre ter-

Page 1