‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 38 sur 292 · LIV. V. — CONSTITUTIONS DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

LIV. V. — CONSTITUTIONS DE LA VISITATION

aura communion générale; et, tous les huit jours, on portera la communion à celles qui seraient malades.

Tous les samedis il y aura chapitre^ : une fois le mois il y aura direction auprès de la supérieure, lecture des constitutions, renouvellement de la profession; et une fois Tan, le jour de la Présentation de la sainte Vierge, toutes renouvelleront leurs vœux et s'offriront à Dieu avec les sentiments de Marie s'offrant au Père étemel dans le temple.

Telle est la substance des constitutions de la Visitation^; là on ne voit point d'austérités qui effarouchent la faiblesse humaine; la pénitence y perd ses épines, la solitude son ennui, le silence ses dégoûts, Tobéissance sa contrainte, le travail ses difficultés; et cependant la nature y trouve sa mort par le sacrifice continuel de la volonté propre et l'obligation d'être toujours occupé, par la désappropriation absolue et Tuniformité constante d'exercices journaliers qui brise l'inconstance naturelle du cœur humain. Mais ce qui relève au plus haut degré le mérite de ces règles, c'est l'esprit de charité et de douceur, d'humilité et de simplicité, de candeur et d'innocence, dans lequel le pieux législateur veut qu'on les observe. U entend qu'on fasse tout par amour, rien par contrainte; que toutes les sœurs ne soient entre elles qu'un cœur et qu'une âme, comme les sœurs d'une même famille; que leur piété, aussi agréable que solide, soit indulgente et aimable pour les autres autant que sévères pour elles-mêmes; que, toujours prêtes à sacrifier leurs désirs ou leurs répugnances au bien de la charité , elles s'appliquent à plaire en tout au prochain , que la douceur respire dans toute leur personne, et que leurs paroles, le ton de leur voix, leur air et leurs manières ne soient que comme l'effusion de la suavité dans laquelle leur cœur doit être tout détrempé; qu'enfin elles soient modestes

^ On appelle chapitre la réunion d'une communauté religieuse pour reprendre et corriger les manquements de chacun de ses membres.

* Le manuscrit autographe de ces constitutions, signé le 9 octobre 1618, se conservait encore en 1792 dans les archives de la maison de Sales.

dans le regard, réservées dans les paroles, graves dans la contenance, propres dans leurs habits, et joignent toujours ensemble la sévérité du devoir et la politesse des manières : voilà bien la piété avec ses charmes; tout devient aimable entre les mains de la vertu.

Chose remarquable! dans ces constitutions le saint fondateur lui-même ne parle point en maître ; ila recours aux formes les plus douces, aux tours les plus insinuants, aux termes les plus mesurés; il conseille plus qu'il n'exige ; il prie plus qu'il ne commande; il dirige plus qu'il ne règle; et c'est cela même qui rend sa parole plus forte et plus puissante, à ce point que l'ordre de la Visitation, depuis son origine jusqu'à nos jours, s'est partout soutenu dans son premier esprit et sa régularité parfaite. 11 n'y prescrit point les haires et les ceintures de fer, les disciplines et les bracelets qui déchirent le corps; il laisse à la ferveur dirigée par l'obéissance le soin de suppléer à la règle; et les saintes filles de la Visitation, loin de rester en deçà de ses espérances^ semblèrent plutôt les dépasser : car, de leur plein gré, elles en vinrent jusqu'à meurtrir de coups, quelques-unes même jusqu'à frapper avec des orties vives leur chair innocente ^

François, après avoir ainsi rédigé ses constitutions, les envoya à Rome pour les soumettre à l'approbation du saint-siège et demander l'érection de sa congrégation en ordre religieux. Déjà il avait écrit à ce sujet au cardinal Bellarmin ^, qui lui avait répondu' que la chose offrait de graves difficultés, mais qu'il aiderait de tout son pouvoir à les surmonter. En envoyant ces règles, il écrivit une nouvelle lettre de recommandation^ à un Religieux de sa connaissance, le priant toutefois de procéder doucement et avec circonspection ^ « parce que, « dit-il, quelques ecclésiastiques austères et exacts en leur

i Manuscrit de la sœur Fichet, p. 8.

- Lettre ccclxi».

3 Lettre ccclxx*.

* Lettre cccxxir.

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