‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 39 sur 292 · LIV. V. — ESPRIT DE LA VISITATION. 8S · texte numérisé non relu

LIV. V. — ESPRIT DE LA VISITATION. 8S

« conduite ont témoigné n'être pas satisfaits de ce qu'en cette « congrégation il y a si peu d'austérités. »

Néanmoins, le 23 avril 1618, Paul Vlui envoya la bulle qui l'autorisait à ériger en ordre religieux sous la règle de Saint- Augustin l'institut de la Visitation * ; et, le 9 octobre suivant, le pieux fondateur remplit cette mission du saint-siège, en ajoutant à ces constitutions des règles de détail pour le gouvernement de chaque maison, que nous passerons ici sous silence , comme regardant plus les religieuses que le public. Nous remarquerons seulement qu'il ne leur donna à réciter d'autre bréviaire que le petit office de la sainte Vierge : il en avait obtenu de Rome la permission pour dix ans; et il fut d'avis qu'on n'en renouvelât pas la demande au bout de ces dix années. « Mon solliciteur, dit-il à madame de Chantai ^, u m'écrit qu'on a tort de recourir à Rome pour les choses es « qu'elles on peut s'en passer, et des cardinaux l'ont dit aussi ; « car, disent-ils, il est des choses qui n'ont pas besoin d'être <c autorisées, parce qu'elles sont loisibles, lesquelles, quand « on veut les faire autoriser, sont examinées diversement; et « le Pape est bien aise que la coutume autorise plusieurs <i choses qu'il ne veut pas autoriser lui-même à cause des « conséquences. » Toutefois le saint évêque éprouva à ce sujet quelques critiques. 11 avait cru devoir modifier le petit office pour les fêtes principales de l'année , en y intercalant le chapitre, les versets et l'oraison du jour, à la place du chapitre, des versets et de Toraison de la sainte Vierge. On trouva à redire à cette disposition, et le pieux fondateur fit cette douce réponse à la censure : <( Mon Dieu ! que cette plainte « est délicate! les pères de l'Oratoire font bien plus, et en « Italie plusieurs évêques ont composé entièrement les of- « fices des saints de leur Ëglise. Mais, pour tout adoucir, il « faudra se borner à faire mémoire de la fête à la fin de l'of- « lice. »

1 Lettre cdxxxi«.

* Lettre dlxxii*.

Rien de gracieux et de pur comme ce qu*il dit en donnant ces constitutions à ses Religieuses sur Tesprit qui devait vivifier la lettre de la règle : madame de Chantai appelle ce court entretien Tabrégé de toute la perfection de Pinstitut; voici quelle en fut l'occasion. Une religieuse, la sœur Simpitcienne, lui ayant, dans la candeur de son àme, adressé cette question : « Monseigneur, si vous étiez Religieuse parmi nous, comment « feriez-vous pour être bien parfait? — Ma chère fille, luiré- « pondit-il avec un doux sourire , vous demfimdez ce que je <i ferais : je ne ferais pas si bien que vous, sans doute, car je « ne vaux rien ; mais il me semble qu*avec la grâce de Dieu « je me tiendrais si attentif à la pratique des moindres obser- « vances, que je gagnerais par là le cœur de Dieu : je garde- « rais parfaitement le silence; mais cependant je parlerais u même au temps du silence, quand la charité le demande- « rait. Je parlerais bien doucement et y ferais une attention « particulière, parce que les constitutions l'ordonnent. Je fer- « merais et ouvrirais les portes très doucement, parce que « notre mère le veut et que nous voulons bien faire tout ce « qu'elle veut qu'on fasse. Je tiendrais les yeux baissés et « marcherais fort modestement, car Dieu et ses anges nous « regardent toujours et aiment extrêmement ceux qui font « bien. Si Ton m'employait à quelque chose, je l'aimerais « bien et tâcherais de faire tout à propos. Si l'on ne m'em- « ployait à rien, je ne me mêlerais de rien que de bien obéir « et de bien aimer Notre-Seigneur. Oh! il me semble que je « l'aimerais bien de tout mon cœur, ce bon Dieu, et que j'ap- « pliquerais tout mon esprit à cela, ainsi qu'à bien observer « les règles. 11 faut tout faire le mieux que nous pouvons : « car nous ne nous sommes faites Religieuses que pour cela; « mais il ne faut pas nous étonner de nos fautes, car nous ne « pouvons rien sans l'aide de Dieu. Je serais bien joyeux et je (( ne m'empresserais jamais; cela, Dieu merci, je le fais déjà : « carjamaisje ne m'empresse; mais je le ferais encore mieux. « Je me tiendrais bien bas et bien petit, je saisirais les humi-

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