‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 62 sur 292 · LIV. VI. — PÈLERINAGE DE MILAN. i · texte numérisé non relu

LIV. VI. — PÈLERINAGE DE MILAN. i

ponr ne pas succomber sous le poids des croix qu*il avait à portera

Au retour de Téglise, les prêtres qui raccompagnaient n'eurent rien de plus empressé que de se communiquer les sentiments de leur admiration sur toutes les beautés et les magnificences de la catbédrale; mais, pendant qu*ils parlaient, le saint évéque ne disait mot. Surpris de son silence, ils lui demandèrent son avis. « Je vous avoue, répondit-il, que je « n'ai rien vu. — Mais, au moins, monseigneur, vous avez « bien remarqué les riches ornements qu'on vous a donnés « pour célébrer la messe : il est impossible que Téclat des « pierreries qui les recouvraient n'ait pas attiré vos regards. « — Je n'y ai pas pris garde, répondit- il, parce que les or- « nemenls intérieurs de la sainteté du grand cardinal Bor- « romée m*ont tellement occupé, que je n'ai pensé ni à la « magnificence extérieure de Téglise, ni à celle des habits « sacerdotaux ^. »

Le saint prélat, après avoir satisfait sa piété, alla offrir ses hommages à Tarchevéque et au gouverneur de Milan ; il savait que la politesse fait partie de la religion bien comprise : c'est la charité en action. Il visita ensuite les Barnabites, selon la mission que lui en avait donnée le duc de Savoie, et, le général de ces Religieux lui ayant proposé de le loger dans le même appartement où se retirait saint Charles lorsqu'il venait faire chez eux ses exercices spirituels , il accepta avec bonheur une offre qui s'accordait si bien avec sa vénération pour le saint archevêque. Il demeura quelques jours parmi ces bons Religieux, les étudia à fond pour s'assurer s'ils convenaient à la direction du collège d'Annecy; et, les ayant trouvés tels qu'il pouvait les désirer, il leur offrit cette direction, qu'ils acceptèrent^. Pendant ce temps-là, il ne manqua pas de retourner plusieurs fois au tombeau du cardinal, et y

» CharL-Aug., p. 434.

* Année de la Visitation, 26 avril.

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passa même une nuil entière en prière; après quoi, rappelé à Turin par la fête du Saint-Suaire qui s*approchait, il se remit en route, visita à Novare le tombeau de saint Bernard de Menthon; et, affligé de l'état de délaissement dans lequel il le trouva, il recommanda aux chanoines de Téglise où se conservait cette précieuse relique de l'entourer de plus d'honneur et de vénération ^ Arrivé à Turin pour la fête du Saiat- Suaire , il fut désigné par le duc de Savoie pour porter la parole dans cette circonstance solennelle. Il obéit et parut en chaire sans autre costume que le rochet et Tétole : car c'était Ja discipline de cette époque, qu'un évèque n'avait pas le droit de porter lecamail hors de son diocèse, à moins d'y avoir été invité par Tévêque du lieu. Le duc de Savoie, mécontent que l'archevêque de Turin n'eût pas fait cet honneur à un si grand prélat, voulut que, pour réparer l'oubli, l'archevêque envoyât à l'instant même son propre camail au prédicateur par un des ecclésiastiques assistants. François, l'ayant reçu avec respect, se tourna vers l'archevêque et lui dit, en lui faisant un salut profond : « Monseigneur, je ne mérite pas cet honneur, mais « je l'accepte pour vous obéir. » Il baisa ensuite le camail , le revêtit, et continua son sermon. Le discours fini, il quitta le camail avant de descendre de chaire, alla le rendre de sa propre main au prélat , qui était demeuré en simple rochet , lui dit, en le lui remettant , des paroles si humbles, que celuici en fut confus ; et les assistants édifiés s'écrièrent : « Tout « prêche en ce saint évêque, jusqu'aux vêtements *. » Le duc de Savoie , jaloux de l'honorer à son tour, le nomma

^ C'est ce saint qui fonda dans les Alpes les deux hôpitaux si renommés et si utiles à rhumanité , dits de son nom le Grand et le Petit Saint-Bernard, Il était né au château de Menthon, près Annecy, en juin 923, d'une des plus illustres maisons de la Savoie. Il donna d'abord des missions dans les environs d'Aoste en Piémont, et, après avoir assuré des secours aux voyageurs par la fondation de ces deux hôpitaux, il évangélisa la Lombardie et mourut à Novare en l'an 1008. Ses vertus et ses mirades le firent canoniser dès l'année suivante.

'- Année de la Visitation, 5 mai.

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