‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 66 sur 292 · LIV. VI. — SES TRAVAUX DANS LE PAYS DE GEX · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SES TRAVAUX DANS LE PAYS DE GEX

gulières pour les morts. En même temps il assigna à l'institateur catholique de Gex un revenu annuel de neuf cents florins, ou quatre cent quatorze francs de notre monnaie * ; ordonna à tous les patrons de rétablir les chapelles qui rele* vaient d'eux, sous peine d'être privés du droit de patronage, nomma le curé de Gex administrateur de tout ce bailliage sous le bon plaisir du roi de France, et défendit aux Capucins d y faire d'autre quête que celle du vin et du froment et de rien s'y permettre d'important sans le consulter*.

Au milieu de ces graves occupations, on aime à entendre ie saint évéque, non moins attentif à son salut qu'à celui des autres, dire à madame de ChantaP : « Parmi tant d'affaires, « je ne sais de quel côté me tourner; mais notre Sauveur « me donne un certain courage nouveau de l'aimer, servir « et honorer plus que jamais de tout mon cœur, de toute « mon âme et de tout moi-même; je dis de tout moi-même , « m'élant avis que jusqu'à présent je n'ai point eu l'ardeur « convenable à tout ce que je dois à cette immense bonté. ^ Il nous faut faire des efforts pour devenir saints et rendre « de grands services à Dieu et au prochain. Les affaires de « la religion qui accroissent ici tous les jours me feront a rester plus longtemps que je ne pensais, mais, certes, très « agréablement, puisque c'est pour la gloire de Dieu et le « service des âmes qu'il a rachetées. »

Le bien que fit François dans ces contrées laissa encore beaucoup à désirer. Par suite de Tobstination des ministres à garder les biens ecclésiastiques, les curés et les églises étaient toujours dans la plus extrême pauvreté. Plusieurs fois le vigi^ lant pasteur réitéra ses plaintes à la cour; et Louis XllI, encore mineur, appréciant cet état de choses, mais ne pouvant y remédier pour le moment, lui envoya trois cents écus, afin de pourvoir aux réparations des lieux saints les plus ur-

* "Le florin valait 40 conlimos de notre monnaie. « Charl.-Aug., p. 437 et 438.

* Lettre cclxxxvhi'.

gentes. L'homme de Dieu se hâta de lui en témoigner sa reconnaissance par une lettre pleine de grâce \ où, après avoir dit que « les faveurs qui viennent de si haut lieu sont toujours a en grande estime, parce qu'elles sont comme les arrhes de « plus grands bienfaits pour Favenir, » il lui exprimait Tespoir que « la royale bonté de Sa Majesté regarderait d*unœil « propice la misère profonde où l'hérésie avait réduit ce « pauvre pays. »

Mais il était dans le bailliage de Gex quelque chose de pire que la pauvreté, qui affligeait le cœur du saint évéque : c était la privation de la liberté religieuse que les ducs de Savoie laissaient au pays lorsqu'ils en étaient maîtres, et à laquelle la France avait substitué une servitude humiliante sous la m ain du magistrat séculier. « Quelle abjection, écrivait le « saint évèque^, que nous ne puissions faire usage de la a puissance spirituelle que Dieu nous a confiée qu'autant que « l'approuve le magistrat temporel; que, simples exécuteurs « de ses volontés, il nous faille frapper quand il l'ordonne, a cesser quand il le commande, et que nous soyons ainsi pri- « vés de la clef principale que Notre*Seigneur nous a donnée! a Ah! vraiment notre Église a bien droit de s'écrier comme « Jérusalem : Vide, Domine^ et considéra qttoniam fada (c sum vilis. Manum suam misit hosiis ad oninia desidera- « bilia ejux^ quia vidit gentes ingressoi sancluarium tuum, « de quibvs prxceperas ne intrarent in ecclesiam tuam^.

(C Voyez, Seigneur, et considérez combien je suis humiliée. « L'ennemi a mis la main sur mes biens les plus précieux, et « Ton a vu les profanes pénétrer dans votre sanctuaire, malgré c< la défense que vous leur aviez faite de s*ingérer dans Tadmi- « nistration des choses saintes. »

François crut entrevoir une occasion de remédier à de si grands maux dans la tenue prochaine des états généraux du

* Lettre cclu*.

^ Lettre cccv*.

3 Thrcn., i, 10.

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