LIV. YI. - IL ÉTABLIT LES BARNABITES A THON ON
lime gloire, pour tout le Ghablais un continuel apostolat, pour ]es religieux eux-mêmes un précieux avantage par les sujets de mérite qu'ils recrutèrent dans cette maison et répandirent plus tard par toute ]a France. Ces succès éveillèrent la jalousie de certains personnages, et la jalousie suscita la calomnie; mais ces discours mensongers, loin d^obscurcir la vertu des Bamabites, ne firent que la rendre plus éclatante. Le Pape, au tribunal duquel les dénonciateurs avaient porté leurs griefs, renvoya TafTaire au nonce de Turin ; celui-ci, à dom Guérin lui-même, dont il connaissait la candeur et la probité ; et, les éclaircissements de ce saint religieux ayant révélé la vérité dans tout son jour, le Pape, pour les mettre à couvert des traits de Tenvie, les prit sous sa protection, en même temps que François, sûr de leur innocence, les recommandait au haut patronage du dnc de Savoie et du cardinal de ce nom ^ et confiait à leur zèle apostolique les populations diverses du Ghablais.
Le saint évèque, pendant son séjour à Thonon, apprit que quelques difficultés allaient surgir dans le concours qui se préparait à Annecy pour la collation des cures : il en écrivit à son frère, Jean-François, chanoine de la cathédrale : « Gette « affaire, dit-il ^, donnera lieu à la clabauderie, en laquelle il « faut demeurer grave et tranquille, ne répliquant rien, sinon « qu'on a suivi la pluralité des voix... Il est expédient qu'on « assure bien la pension du pénitencier, de manière qu'il n'ait « rien à démêler avec le curé : carTesprit humain est si fait cheux, en tout ce qui touche Tintérêt, que malaisément « pourra-t-on autrement procurer au pénitencier ce petit « entretien. » Gomme la peste était alors à Genève, où elle faisait de grands ravages, et que deux personnes en étaient mortes dans les environs de Thonon, Tévêque rassure ensuite son frère à ce sujet : « Ne soyez nullement en peine pour
1 Lettres cccl>'«, cccl\i«.
* Lettre trouvée au noviciat des Jésuites de Toulouse, par M. de Caxnbis.
▼lE DE 8. FR. DE SALES. — II. 11
« moi, lui dit-il; il n*y a aucun danger dans tout le Chablais, <t et, quand môme le mal prendrait accroissement, je suis c( sage et me garderai du péril, Dieu aidant. Toutefois, à mon « retour, je m'arrêterai quelques jours dans une maison sé- « parée hors la ville, si l'autorité civile le désire^ pourne « donner sujet d'appréhension à personne et témoigner le « respect qu'on doit à. la santé du pays. »
Peu de jours après cette lettre, François, ayant appris la mort de son grand vicaire, qu'un état maladif lui faisait prévoir depuis longtemps, écrivit une seconde fois à son frère afin de lui annoncer le choix qu'il avait fait de lui pour cette dignité, « Après plusieurs considérations, lui dit-iP, j'ai résolu V de vous appeler à cette charge; un seul motif vous suffira « pour l'accepter et à tout le monde pour l'approuver : c'est « que de cette charge dépend en grande partie non seulece ment le bien du diocèse, mais mon honneur, et que votre « parenté vous pressera plus que tout autre d'en avoir soin « et jalousie. L'essentiel dans cet emploi, c'est la vigilance à <( ce que les autres fassent bien leur devoir. Faites pour moi « jusqu'à mon retourcommesi vous étiez déjàétabli. »
Ce retour ne tarda pas : François rentra à Annecy le 20 septembre, pour y conférer avec madame de Chantai sur les règles de la Visitation, et préparer une réception brillante au cardinal de Marquemont, qui devait, au retour des états généraux, lui rendre la visite qu'il en avait reçue. Le cardinal n'arriva que le 30 octobre, et fut accueilli avec tous les honneurs dus à son mérite autant qu'à sa dignité. L'évêque le fit officier ponlifîcalement et prêcher à la cathédrale le jour de la Toussaint. Les jours suivants, il lui fit visiter les divers établissements d'Annecy; le 4 novembre il le conduisit au collège des Barnabites et le fit officier pour la fêle de saint Charles : « Mes « pères, dit-il aux Religieux en le leur présentant ^, quand vous
* Lettre cccxxxvii*.
* Année delà Visitation, 5 novembre.