AUPRÈS DU DUC DE SAVOIE. — NOUVEAUX TRAITS DE SA CHARITÉ
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Au milieu de tous ses travaux, François ne négligeait rien de tout ce qui pouvait favoriser le développement de la religion et améliorer la position de son peuple . Ayant remarqué que la culture de la soie, à peu près inconnue à Annecy, occupait beaucoup de bras à Genève, y attirait plusieurs étrangers et procurait à ceux qui s'y livraient une facile aisance, il écrivit au duc de Savoie, le 2 octobre 1615, pour l'engager à introduire dans ses États cette branche d'industrie, qui serait tout à la fois une source de bien-être pour ses sujets et an moyen de les conserver dans la vraie religion. <( Il ne se <( peut dire, lui mandait-ii, combien ce progrès serait utile « au service de Dieu pour retirer plusieurs âmes d'entre les M hérétiques, pour affaiblir Genève qui se soutient en grande « partie par ce trafic, et pour soulager les sujets de Votre Ala tesse, qui gagneraient en ce commerce ce que nos ennemis n gagnent. » Le prince entra dans les vues du saint évéque, et fit tellement progresser cette industrie, que celui-ci crut devoir l'en remercier par une lettre en date du 29 mars suivant : u La charité et la bonté que Votre Altesse a témoignées « envers ces bons peuples, par le soin qu'elle a pris de faire o réussir l'introduction de l'art de la soie en ces pays, ne sau- « raient jamais être assez dignement remerciées. »
En même temps que le saint évêque rendait ce grand service au pays, considérant l'action qu'exercent les grandes villes sur les peuples d'alentour qui s'y rassemblent souvent pour leurs aflaires ou leurs plaisirs, il cherchait à réunir dans Thonon, capitale du Chablais, et si longtemps centre de l'hérésie, tous les moyens propres à y faire fleurir la religion. Déjà il y avait établi la Sainte-Maison, destinée à trois corps d'ouvriers évangéliques : le premier était une congrégation de sept prêtres pieux et instruits, chargés des fonctions curiales et de l'office divin propre aux chapitres; le second était une communauté de Capucins qui devaient donner des missions continuelles dans toute la contrée; le troisième devait être une société de prêtres voués à l'éducation de la jeunesse. Pour l'exécution de cette dernière mesure, la seule qui restât a consommer, François fît choix des Barnabites, qu'il voyait tous les jours à l'œuvre avec tant de succès dans Annecy. Il en conféra avec dom Guérin ; et ce Religieux, moyennant la concession de certains droits et bénéfices, s'engagea, an nom de son ordre, à tenir le collège, à donner des leçons au petit séminaire, à enseigner, si on le jugeait à propos, la philosophie et la théologie, à faire les saints offices dans l'église Saint- Augustin, à confesser, prêcher et catéchiser partout où besoin serait. Ces conventions ainsi réglées et signées de part et d'autre, l'évéque envoya dom Guérin les porter lui-même à la cour de Turin ; et le duc, non content de les approuver, chargea son ambassadeur à Rome de les faire ratifier par une bulle du Souverain Pontife. Cette buUe ne se fit pas longtemps attendre ; et, dès le mois de septembre, r.évêque alla à Thonon établir dom Guérin en possession du nouveau collège et de l'église Saint-Augustin. Le mérite des nouveaux venus parut bientôt avec éclat; la renommée publia d'une part Texcellence de leurenseignement, leur zèle intelligent et dévoué pour le bien des élèves dans le collège; de l'autre, les succès merveilleux de leurs prédications dans les chaires; et ce fut pour la ville de Thonon le sujet d'une légi-