‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 78 sur 292 · LIV. VL — ON LE CALOMNIE AUPRÈS DU DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

LIV. VL — ON LE CALOMNIE AUPRÈS DU DUC DE SAVOIE

« parfait! prélat envoyé du ciel et que j*ai vu faire des actes « héroïques de charité et de justice ! Ah! plût à Dieu que tous « les évêques de France eussent quelque petite portion de la ce grâce qu'il possède en plénitude! C'est vraiment un pasteur a accompli, et nous devons tous aspirer à retracer en nous ses « vertus*. »

Les deux prélats, animés également de Fesprit de Dieu, ne conférèrent ensemble que de matières ecclésiastiques, depuis l'arrivée de Tarchevêque jusqu'à son départ, qui eut lieu trop tôt pour leurs communs désirs. La nécessité de visiter son diocèse ne permit pas à ce grand homme de rester plus longtemps. Mais à peine avait-il quitté Annecy, que la malignité, prêtant à cette entrevue toute spirituelle des desseins politiques hostiles au duc de Savoie, fit entendre à la cour de Turin que les deux évéques avaient concerté ensemble quelques secrets projets dans les intérêts du roi de France. Le duc, accueillant ce soupçon injurieux, chargea le marquis de Lans, gouverneur de la Savoie, d'examiner le fait; celui-ci aussitôt délégua un exprès au saint évéque pour Finformer du mécontentement du prince, et lui demander compte du voyage de rarchevèque et de ses longues entrevues avec lui^.

L*évéque, plus qu étonné d'un si étrange soupçon, répondit aussitôt au gouverneur^, en prenant Dieu et les anges à témoins de la vérité de ses paroles, que le cardinal n'avait voulu que lui rendre la visite qu'il avait reçue; que, sans y mettre de mystère, comme font ceux qui ont des intentions hostiles, il était venu au grand jour, accompagné de huit hommes à cheval; que, depuis son arrivée, il n'avait été question enlre eux que de choses purement spirituelles, qu'il en donnait pour garant son honneur et sa conscience. « Si Votre Excellence a me le permet, ajoutait-il en terminant, je lui dirai avec <c liberté que j'ai été élevé et que j'ai vieilli dans une solide

» Dép. de Rendu,

* /Vnnée de la Visitation, 15 novembre. — Charl.-Aug., p. 462.

» Lettre cccxur.

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« fidélité envers mon prince, et que ma profession et toutes <( les considérations humaines m'y attachent étroitement. Je « suis essentiellement Savoisien, moi et tous les miens, et je « ne saurai jamais être autre chose. Je ne conçois pas com- « ment je puis donner ombrage, après avoir vécu toujours « fidèle et dévoué comme je l'ai fait. »

Cette lettre envoyée, le saint évèque, fort du témoignage de sa conscience, s'abandonnant pleinement à la Providence, continua en paix ses travaux ordinaires; mais ce ne fut pas sans de nouvelles tribulations. Il en fallait continuellement à cette âme d'élite pour la perfectionner dans la vertu et la rendre plus semblable à Jésus-Christ. Il y avait à Annecy un avocat nommé Pillet, qui refusait de se soumettre aux redevances auxquelles il était tenu envers l'Église de Genève. L'évêque, se croyant obligé à maintenir les droits de son Église, le contraignit par les voies judiciaires à reconnaître ces redevances. L'avocat, furieux d'avoir eu le dessous, se prit d'une haine si violente contre l'évêque, qu'il saisissait toutes les occasions d'en dire du mal; il vomissait contre lui mille injures, il le décriait dans toutes les compagnies, et semblait avoir pris à tâche de noircir une réputation si pure. L'homme de Dieu, informé du fait, n'en conçut pour le diffamateur qu'un intérêt plus tendre; et un jour, l'ayant rencontré dans la rue : « Monsieur, lui dit-il avec bonté en le prenant par la main, « je sais que vous me voulez du mal, et que vous cherchez « par tous les moyens à me perdre de réputation; ne vous « excusez point, je suis sûr du fait; mais je veux aussi que « vous sachiez que, quand vous m'arracheriez un œil, je vous « regarderais encore de l'autre avec affection. » Le malheureux, surpris et confus, demeura sans mot dire, mais cependant ne se laissa point toucher par ces bonnes paroles; et sa haine, au contraire, ne fît que croître avec le temps. Quelques mois après, il porta l'impudence jusqu'à couvrir de boue et d'ordures les lettres monitoriales affichées à la porte de la cathédrale, jusqu'à tirer même, pendant la nuit, des coups

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