L YI. - SA BELLE CONDUITE DANS LA GUERRE DU PIÉMONT
terrible par la vengeance et la rébellion. Le duc de Nemours, mécontent du duc de Savoie, qui, en lui faisant espérer la main d'une de ses filles, l'avait empêché d'épouser Anne de Lorraine, fille du duc d'Aumale, et avait ensuite manqué à sa parole, se laissa gagner par les Espagnols, qui le poussaient à la révolte, le pressaient de s'emparer de l'autorité suprême dans tout le duché de Genève, et lui promettaient tous les secours nécessaires en hommes et en argent \ En conséquence, il se fit plusieurs mouvements de troupes dans ce but : grand nombre de huguenots se joignirent aux rebelles, et on tenta le siège d'Annecy. Toute la ville était dans la consternation : seul Tévéque possédait son âme dans la paix, et rassurait son peuple en lui promettant que celte levée de boucliers s'en irait en fumée. Ces bonnes paroles ne pouvaient calmer la frayeur générale : « S'ils viennent à forcer la « ville, lui dit-on, vous serez le premier sur qui tomberont « les hérétiques ; ils pilleront votre évêché et vous feront « sentir toute leur fureur : cachez-vous donc et mettez en « sûreté tout ce que vous avez de plus précieux. — Non, mes <« enfants, leur répondit-il avec une parfaite sérénité de « visage, je ne me cacherai pas et ne me séparerai point de '< vous : je ne pense pas qu'on me veuille plus de mal qu'aux '< autres, et, s'il le faut, je souffrirai avec vous. Je serai tou- " jours à mon devoir, Dieu aidant : si l'on sonne vêpres, j'y « irai; si j'ai des dépêches à faire, je les ferai; si l'on prend « la ville d'assaut et qu'on me veuille du mal, je suis entre « les mains de la divine providence. Du reste, ajouta-t-il « pour relever le moral de son peuple abattu, ayez con- « fiance, il ne vous sera fait aucun mai, je le garantis. » En effet, au bout de trois jours, les ennemis levèrent le siège ', et bientôt le prince de Piémont se rendit en diligence à Annecy avec des troupes nombreuses pour prévenir une nouvelle attaque.
' CharL-Aug., p. 472.
«/Aid., p. 472 et 473.
Il descendit à Tévêché, et François, toujours occupé des choses de son ministère, profita de l'occasion pour lui présenter, sur la réforme des communautés religieuses des deux sexes, un mémoire^ où brillent également sa sagesse et son zèle : la licence des guerres avait introduit dans beaucoapde ces communautés le relâchement et le désordre, et, plusieurs de ceux ou celles qui les habitaient étant liés par la parenté avec les seigneurs du pays, l'autorité ecclésiastique ne pouvait les faire rentrer dans le devoir sans soulever des oppositions puissantes. Pour remédier à un mal si difficile à guérir, le sage réformateur, convaincu que ce ne serait pas trop de la plus haute autorité qui fût dans TÉglise, proposa au prince de solliciter, par son ambassadeur auprès du Saint-Siège, la nomination d'une commission chargée de délibérer sur les moyens à prendre, et revêtue des pouvoirs nécessaires pour les mettre à exécution. Cette commission aviserait : 1° à séparer entièrement des monastères les abbés et prieurs cornmendataires, en fixant les revenus auxquels ils pourraient prétendre, de telle sorte qu'il n'y eût plus désormais de querelles scandaleuses à ce sujet; et à laisser une liberté parfaite soit aux supérieurs pour le gouvernement et la réforme de leur maison, soit aux communautés pour le changement triennal de leurs supérieurs par l'élection ; 2^ à retirer de la campagne certaines communautés peu nombreuses et à les transporter dans les villes, où, étant en plus grand nombreet réunies selon les besoins, elles pourraient mieux observer leurs règles et faire un service régulier; 3** à éliminer de ce^ tains monastères les Religieux qui ne voudraient pas se soumettre à la réforme et à les remplacer par d'autres plus édifiants; 4® à faire observer, spécialement dans les monastères de Religieuses, les règlements tracés par le concile de Trente. Le prince agréa fort ce sujet, et promit d'employer tout son crédit à le faire réussir.
ï Opuscules, p. 440. — Charl.-Aug., p. 473 et suiv.