UV. VI. — VISITE DE LA GRANDE-CHARTREUSE
semeDtde la nouvelle communauté. Le lundi saint, elle choisit, de concert avec Tévéque, pour bâlir le monastère définitif, un li^u élevé et de difficile accès au milieu des rochers, comme offrant tout à la fois un air plus pur, un moyen de s'étendre à meilleur marché, et plus de facilité à ses Religieuses pour mener une vie solitaire et séparée du monde; elle reçut ensuite quelques novices, et, après avoir organisé cette communauté naissante, elle s*en retourna à Annecy. Pour le saint évèque, il désira, avant son retour, visiter la Grande-Chartreuse, qui n'est qu*à trois lieues de Grenoble^ Dom Bruno d*Affringues, cet illustre général de Tordre, dont nous avons eu déjà Toccasion de parler, le reçut avec un accueil digne de sa piété, le conduisit dans la chambre des hôtes la plus convenable; et, après s'être entretenu avec lui de saints discours, il le pria de l'excuser s'il ne pouvait lui tenir compagnie plus longtemps, parce qu'il devait se disposer à aller la nuit aux matines. L'évéque demeura très édifié de cette exactitude; mais, comme ce saint Religieux se retirait^ il rencontra le procureur de la maison, qui lui demanda où il avait laissé Mgr de Genève : « Je l'ai laissé dans sa « chambre, dit-il, pour aller dans ma cellule me disposer « aux matines. — Vraiment, lui dit le procureur, vous entente dez fort mal les cérémonies : vous aurez toujours assez de a loisir pour chanter les louanges de Dieu ; les matines ne vous a manqueront pas d'autres fois, et nous n'avons pas souvent, (c dans ce désert, des prélats du mérite de M. de Genève. « Quelle honte pour la maison que vous l'abandonniez ainsi « seul I — Mon enfant, reprit le général, je crois que vous « avez raison et que j'ai mal fait. » Et, à l'instant, étant retourné vers le saint évêque, il lui dit, avec une candeur et une ingénuité admirable : « Monseigneur, j'ai rencontré, en « m'en allant, un de nos pères qui m'a dit que j'avais fait « une impertinence de vous avoir laissé seul; je l'ai cru, et
* Esprit de saint François de Sales, p. III", sect. xxxiii.
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« m'en suis revenu tout droit vous demander pardon, en tous « priant d*excuser ma sottise; car je vous assure que ignorm « feci : je n*ai pas compris la faute que je faisais. »
François, admirant tant de candeur plus que s'il eût vu un miracle, demeura quelques jours dans cet asile de la perfection religieuse, en étudia les vertus et les règles, et 6*en revint à Annecy, embaumé du parfum de piété qu*on respire en ce saint lieu.