LIV. VI. — IL CONVERTIT UN PÉCHEUR PUBLIC
« dez-vous de jamais rien entreprendre sans son conseil : c*est « un grand saint, un Jean-Baptiste en pureté , un Borromée en « humilité; je suis heureux de vous le dire au moment de ce quitter ce monde pour aller au ciel : je ne devais pas em- « porter ce secret dans ]a tombe ^ » Peu après, le mal empirant, on manda François selon son désir; il prenait alors son repas; il Tinierrompt et accourt : a Courage, mon frère, lui « dit-il y nous mourrons, mais nous mourrons bien ; dites du « fond du cœur : Vive Jésusque j'aime, Jésusen qui j'espère, « Jésus dont les mérites et la saintePassionfonttoutemacon- « fiance ! Voilà que Tétemité est proche, vous allez voir le Sei- « gneur notre Dieu en la terre des vivants. » A ces mots, le malade lève les yeux au ciel» prononce dix à douze fois : Vive Jésus! perd la parole et entre en agonie. Le saint évéque alors tombe à genoux avec tous les assistants, récite les litanies avec la recommandation de Tâme; et, comme l'agonie tenaiulongtemps le malade dans de cruelles angoisses, il tire d'un reliquaire d'argent un bois qui avait été trempé dans le sang de saint Charles Borromée, le plonge dans l'eau et lui fait boire quelques gouttes de cette eau, après l'avoir bénite. Au même moment les angoisses cessent, la sérénité reparaît sur le visage .du moribond, et, quelques instants après, il s'endort doucement dans le Seigneur^. François le bénit pour la dernière fois, lui ferma les yeux et soulagea sa douleur par d'abondantes larmes : ainsi aimant les saints. Le prélat affligé, après avoir réclamé le chapeletdu défunt comme souvenir et comme relique, se consola en déposant sa peine dans le cœur de madame de Chantai : « Dieu, qui nous l'avait donné pour son service, lui « écrivit-il ^, nous l'a ôté pour sa gloire. Son saint nom soit « béni! Dieu réparera celte perte et nous suscitera des ouc< vriers en place de ces deux qu'il a plu de retirer de sa vigne c< pour les faire asseoir à sa table. »
ï Dom Jean de Saint-François, p. 368.
* Dép. de Myncet.
' Lettre cccxiv». — Charl.-Aug., p. 510.
Du lit de mort de son ami, le saint évoque fut appelé auprès d'un moribond bien différent : c'était un pécheur public, qui, après avoir donné dans de grands écarts^ sevoyant prèsd*aller rendre compte de sa vie désordonnée au souverain juge, était plongé dans un affreux désespoir. Il rebutait tous les prêtres et voulait mourir sans confession. François n*eut pas plus M appris Tétat de ce malheureux, qu'il accourt, lui parie avec douceur des divines miséricordes, le force, par ses manières bonnes et cordiales, à se dire en lui-même : « Si un homme « peut être si bon, qu*est donc Dieu? » Et aussitôt son cœur s'ouvre à la confiance, son courage se relève, il demande publiquement pardon de ses fautes, les confesse avec les sentiments de la plus vive contrition, reçoit pieusement les derniers sacrements^ et meurt peu après dans la paix du Seigneur.
Le carême alors approchait, et il fallut que le saint évêqae se rendit à Grenoble pour y prêcher la seconde station qu'il avait promise. Tout Grenoble accourut avec une admiration nouvelle pour l'en tendre, el l'écouta avec une ardeur toujours croissante. Onsentait que l'esprit deDieuparlaitparsabouche, et ses discours étaient moins un effort de l'esprit humain qu'une de ces productions de 1 ame purifiée par la piété, qui instruisent el qui touchent, qui éclairent et qui embrasent. Aussi produisit-il des fruits admirables. Les pécheurs se convertirent, les justes devinrent meilleurs, et la piété s'accrut dans toute la ville. Le maréchal de Lesdigoières, assidu à l'écouter en public et fidèle & l'entretenir en particulier, s'affermit dans sa disposition d'embrasser la religion catholique, ce qu'il fit en effet quand il fut connétable. Enfin tout le monde, préjugeant la sainteté des filles d'après celle du père, voulut avoir dans la ville un monastère de la Visitation. Il y consentit, et manda madame de Chantai avec quelques autres Religieuses pour faire cette fondation. Elle arriva la veille du dimanche des Rameaux, trouva la maison provisoire qu'on avait louée pourvue de toutes les choses nécessaires; el, le lendemain, on fit avec grande pompe la cérémonie de l'établis-