CHAPITRE VIII
Note B. — On a appelé de ce nom les audacieuses invectives de ce saint docteur contre Constance. Notre conviction est qu'il n'a été que juste. Voici une admirable page de M. Darras {Hist. de l'Église, t. IX, ch. vi, p. 802), qui nous paraît le justifier pleinement.
« Nous n'étonnerons personne, écrit l'illustre historien ecclésiastique, en disant que l'énergie de cette parole apostolique révoltait les délicatesses du xvu*^ et du xviii" siècle. Lebeau, qui vivait encore sur les traditions du respect exagéré pour les princes persécuteurs, dit en parlant du manifeste de saint Hilaire : « Cet écrit a sans doute besoin (( d'excuse pour les traits injurieux qui sont lancés (( sans ménagements contre la personne de l'em- (( pereur K » Or il est certain que l'Église n'a point senti la nécessité d'excuser le langage de saint Hilaire, puisqu'elle l'a mis solennellement au rang des docteurs de l'Église universelle. Il nous faut donc comprendre que la douceur et la mansuétude
1 Hist. du Bas-Empire.
évangéliques n'excluent ni la force ni la vigueur de la répression. Le divin Maître, qui disait le Sinite parvulos venire ad me, prenait des verges pour chasser les vendeurs du Temple et flagellait de sa parole la plus âpre et la plus formidable les pharisiens et les scribes. En réalité, pourquoi donc saint Hilaire aurait-il besoin d'excuse? Est-ce qu'il cherchait à nier le pouvoir temporel de Constance? Est-ce qu'il prêchait la révolte et l'insubordination aux sujets de ce prince? Allons plus loin. Est-ce qu'il y avait alors un concordat entre l'Église et l'empire romain , qui obligeât les évêques à certains ménagements en retour des concessions de la puissance temporelle? Évidemment rien de semblable n'existait; Constance n'était pas même baptisé. H lui plaisait de porter la main à l'encensoir, de déclarer que Jésus- Christ n'était pas Dieu... 11 se conduisait comme Néron, et les évêques catholiques n'auraient pas eu le droit de le lui dire ! Qui ne voit que l'excès de la tyrannie amène nécessairement la protestation des consciences outragées ? S'il s'agissait d'un philosophe opprimé, on trouverait la réponse d'Hilaire sublime...., etc.. »
Voir aussi M. le ch. Aubert, Hist. gén. du Poitou, t. I, liv. m, p. 200 et suiv., p. 241, not. 36.