‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 106 sur 108 · Alchérius assista au concile de Trévoux en · texte numérisé non relu

Alchérius assista au concile de Trévoux en

33. Isarn ou IsarnuS. Nos anciens historiens représentent cet évéque comme s'étanl réfugié à Saint- Donat , ainsi que ses prédécesseurs , depuis l'évêque Hébo, à cause de l'envahissement de Grenoble par les Sarrasins ; puis ils le transforment en général d'armée chassant les infidèles de son siège épiscopal et même de son diocèse. Quant à la longue occupation de Grenoble par les Sarrasins , elle n'est appuyée sur aucun monument historique de quelque valeur ; d'après M. Reynaud , ces barbares n'auraient envahi le Graisivaudan que lors de leur dernière invasion en France , où ils arrivèrent par mer sur les rivages de Provence (1) , en 942. Hugues de Bourgogne les avait d'abord repoussés à Saint-Tropez ; mais ayant appris que Déranger , son concurrent pour la couronne d'Italie , s'était enfui en Allemagne , et se disposait à venir lui disputer la couronne , non-seulement il laissa sa victoire incomplète , mais il maintint les Sarrasins dans toutes les positions qu'ils occupaient, à la seule condition que, s'établissant au haut du grand Saint-Bernard et sur les principaux sommets des Alpes , ils fermeraient le passage de l'Italie

(1) Voir l'ouvrage déjà cité , page 177.

à son rival. Ainsi favorises par le prince même qui régnait sur la Provence et la Bourgogne (1) , ils n'eurent aucune peine à s'établir sur la grande chaîne des Alpes, qui s'étendait du mont Saint-Bernard à Nice; de là ils faisaient de fréquentes excursions dans les plaines voisines , et c'est alors , c'est-à-dire peu après l'année 942 , qu'ils portèrent leurs ravages jusques dans la vallée de Graisivaudan , et pénétrèrent même, à ce qu'il parait , dans la ville de Grenoble. Ils ne venaient doue pas , comme quelques auteurs l'ont cru , d'Avignon ou de Narbonne , et cela explique comment Saint-Donat , situé à une grande distance des Alpes , repaires de ces brigands , put servir de refuge momentané à Isarn et à son clergé ; mais cet envahissement de Grenoble ne dut pas être bien long , puisque nous trouvons dans les cartulaires de saint Hugues deux actes passés par Isarn , l'un de la treizième année du règne de Conrad , et l'autre de la dix-huitième de ce même règne, ce qui correspond aux années 950 et 961. Par le premier de ces actes , Isarn fait savoir aux chanoines de son église qu'il a remis certains biens à un seigneur appelé Tendrada. Par le deuxième , il donne un champ à un autre particulier , sans qu'il lui soit permis de l'aliéner autrement que du consentement de l'église de Notre-Dame et de Saint-Vincent. Or , Isarn aurail-il inféodé tranquillement des fonds de son diocèse si son église eût été la proie des Sarrasins , s'il eût été fugitif loin de Grenoble et réfugié à Saint-Donat ? Mais je ne concluerai

(1) On peut voir à cet égard Leitprand, qui adresse de sévères reproches à Hugues , et charge de poétiques imprécations montem Jovis, le mont Saint-Bernard, qui servait de forteresse aux infldèles. Muratori , Rerum italicarum scriptores , t. a , p. 463.

pas de là avec M. l'abbé Barthélémy que les Sarrasins oe sont pas venus du tout à Grenoble et n'ont pas pu s'emparer de cette ville. Quand même il y aurait quelque chose de fautif dans l'inscription trouvée par M. Martin à Saint-Donat (1) et portant ces mots, avec le chiffre LMIIII , ou 954 :

Per Mauros habitanda diu Granopolis ista ;

Lipsana sanctorum prœsul ab urbe tulit.

On ne peut pas supposer que saint Hugues se soit appuyé sur une tradition entièrement fausse quand il a parlé du retour d'Isarn à Grenoble (2) post destructionem paganorum. Quand ce saint évéque rapportait ce fait, depuis qu'il aurait eu lieu , cent et quelques années se seraient à peine écoulées , et Odillon , père de saint Hugues , mort âgé de 97 ou 98 ans , en aurait presque été le témoin. Après cela qu'il y ait dans cette charte quelque exagération sur le petit nombre d'habitants laissés à Grenoble par les Sarrasins, et sur le repeuplement de cette ville par les soins d'Isarn , cela est possible , mais cela ne détruit pas la certitude du fait principal , savoir l'envahissement de Grenoble par les Sarrasins. M. l'abbé Barthélémy croit infirmer l'autorité des cartulaires de saint Hugues en faisant remarquer que ce saint lui-même avoue s'être trompé en ayant avancé dans un de ces acics que Bernoin , archevêque de Vienne , était contemporain d'Isarn et lui avait donné Saint-Donat ; mais cette donation avait dû faire une impression moins forte sur l'esprit des peuples que la prise de Grenoble par les infidèles , et je ne vois pas comment on peut tirer parti de cette

(1) Voir sa dissertation sur Jovinzieux ou Saint-Donat; Valence , 18lî.

(a) Voir aux pièces justificatives.

erreur commise sur un fait accessoire pour en conclure qu'un si grand et si sage évêque n'a été, sur un fait bien plus important , que l'écho d une vaine rumeur populaire.

Que si , après avoir attribué la première construction de la cathédrale de Grenoble à l'évéque Isarn , saint Hugues dit ensuite dans la charte déjà citée que Isarn œdificavil ecclesiam gratianopolitanam (1) , il y .a là une contradiction qui n'est qu'apparente. En effet , si nous admettons l'envahissement momentané de Grenoble par une bande de Sarrasins , n'est-il pas probable que ces infidèles auront ravagé et détruit les édifices consacrés au culte catholique ? Alors Isarn en relevant ces édifices de leurs ruines , et en rebâtissant la cathédrale , n'a-t-il pas mérité d'en être appelé aussi le fondateur ? Cette objection ne doit donc pas nous arrêter davantage.

Je ne pense pas non plus que l'on doive préférer à l'opinion de M. Reynaud celle de M. Pilot(2), qui veut que les Hongres ou Hongrois aient seuls ravagé , au temps d'Isarn , Grenoble et le Graisivaudan.

Restituons donc à Isarn le titre de restaurateur de l'ordre public dans son diocèse , qui avait été en proie aux affreux ravages des infidèles , auxquels la sacri-

(1) Voir le dixième chapitre de la vie de saint Hugues, où il est parlé de la fondation de la cathédrale.

(2) Voir la lettre adressée par cet auteur â M. Jules Ollivier et insérée tout récemment dans la Revue du Dauphinè, t. 2. M. Pilot dans cette lettre cherche à prouver que l'inscription de Saint-Donat est fausse ; il cite des chartes et des actes fort curieux et jusqu'ici inédits, d'où il résulte que si Isarn est allé à Saint-Donat , il y a passé peu de temps. Enfin M. Pilot, en concédant que les Maures sont venus dans le diocèse de Grenoble, n'admet pas qu'ils aient occupé cette ville , même momentanément, au temps de l'évéque Isarn.

lége amoition de Hugues de Bourgogne avait , en quelque sorte , livré ses sujets ; mais reconnaissons en môme temps qu'on peut très-bien lui contester la gloire de général d'armée , laquelle n'est fondée que sur des traditions fabuleuses et obscures (1).

Il parait que cet évêque siégea au moins jusqu'en l'année 97G.

(1) Nous devons rapporter ici un ancien registre de la chambre des comptes , qui , suivant M. l'abbé Barthélémy, a une couleur évidemment fabuleuse. «Le roi de Maurienne, » attaqué par les païens dans la vallée profonde qu'on ap- » pelle actuellement la vallée de Grenoble , fut secouru par » Pépin , roi de France. Pépin avait épousé Berthe , fille de » ce roi de Maurienne. Elle fut la mère de Charlemagne , » lequel ayant achevé de vaincre les païens, et les ayant » chassés de Grenoble , fonda , en reconnaissance de cette » victoire, l'église cathédrale. Il y a encore en effet dans cette » église, qui était jadis sous le vocable de saint Vincent, et » qui est maintenant sous celui de la sainte Vierge , une cha- » pelle dite de 8aint-Vincent dont la collation appartient au » dauphin. »

De ce que les dauphins avaient au treizième ou quatorzième siècle le droit de patronage d'une fondation dans une église pour un service de messes , doit-on en conclure que 500 ans auparavant elle avait été construite par Charlemagne ? M. l'abbé Barthélémy semble donc avoir raison d'attacher peu d'importance à ce document, qui du reste n'a été cité par aucun historien. Cependant un fait primitif a pu être déplacé ou chargé de quelques ornements sans que ce fait lui-même soit entièrement fabuleux.

Des titres du douzième siècle désignent une partie des murailles de Grenoble sous le nom de mœnia Sarracenorum. Enfin , dans la vallée de Graisivaudan , près la route de Grenoble en Maurienne, à l'entrée de la gorge deLancey, il existe dans un escarpement de rochers inaccessibles une grotte appelée par les paysans du lieu , grotte des Sarrasins. Je tiens des anciens du pays , qu'un M. Valet, qui s'occupait d'antiquités, y entra au moyen de cordages et d'échelles,

34. Hvmbertus fut surnommé mitis pontifex. Il était fils de Guigues , comte d'Albon. L'histoire l'accuse d'avoir favorisé par sa faiblesse l'aggrandisscment de sa famille aux dépens de la puissance de l'église. 11 eut la gloire de contribuer à l'établissement du prieuré de Saint-Laurent et il fonda celui de Moirans en 1020 ; il assista au concile d'Anse près de Lyon , Tan 1025.

35. M allencs, de la famille des comtes de Poitiers. Il souscrivit en 1030 à la donation qu'Ame , comte de Savoie, fit à Odillon, abbé de Cluny , de quelques terres près du village de Maltasène, dont fut composé le prieuré du Bourget. On trouve dans les Preuves de l'Histoire de Savoie, par Guichenon , tom. 2 , pag. 7, le don de l'église de Lavascron des Echelles, fait à l'église de Saint-Laurent-lès-Grenoble, en 1042, sous l'empereur Henri. Cette donation est souscrite par Brocard, archevêque de Vienne , et par Malien, évoque de Grenoble. Ce n'est donc , au plus tôt , qu'en 1042 ou 1043 qu'il faut placer l'avènement à l'épiscopat du successeur de Malien , Artaldus ou Arthaud.

36. Artaldus souscrivit en 1044 au testament d'Hugues, évéque de Besançon ; il assista en 1059 à la consécration de l'église du prieuré de Doméne, avec Léger, archevêque de Vienne , Héban , archevêque de Tarentaise , et Viman , archevêque d'Embrun.

37. Ponce I er , dit le Boiteux, vivait en 1067; il mourut en 1075 ou 1076.

et y trouva des pièces de monnaie frappées à l'effigie de Charlemagne. On suppose que les gens habitant la contrée s'y réfugièrent lors de l'invasion des Sarrasins.

Enfin on peut consulter à l'appui de mon opinion le savant article de M. Jules Ollivier inséré dans la troisième livraison de la Revue du Dauphinè , année 1837.

38. Ponce II fut excommunié par Grégoire VII , comme si mo nia que et schismatique ; il prit parti pour rempereur contre le pape au sujet des investitures. Il mourut en 1079.

Page 1