CHAPITRE III
fois encore l'archevêque de Vienne ne produisait aucun titre de propriété , le légat confirma à Tévêque de Grenoble l'investi ture contestée. Ce dernier demanda en outre satisfaction des voies de fait au moyen desquelles Gui s'était emparé de Saint-Donat. Mais il fut renvoyé sur ce point parle légat au premier concile national.
Gui ne se tint pas pour battu : il envoya secrètement un député à Rome pour solliciter un bref de confirmation de tout ce qu'il possédait. Ce député eut ordre de ne rien épargner pour faire insérer adroitement dansce bref, au nombre des terres concédées , Saint-Donat et le comté de Salmoirenc. Urbain , qui ignorait le jugement de son légat , ne prit pas garde au piège que lui tendait l'archevêque de Vienne. Dès que saint Hugues eut connaissance de ce fait , il envoya de son côté un député à Rome pour réclamer contre la surprise faite à la religion du Saint-^Père. Urbain II , éclairé alors par les représentations que lui fit ce député , déclara qu'il n'avait entendu confirmer à l'église de Vienne que ce qu'elle possédait justement , et il rétracta le bref qu'on lui avait arraché frauduleusement. En même temps , il écrivit à son légat qu'il approuvait et ratifiait le jugement rendu par lui à Lyon.
Hugues, satisfait de cette décision, crut qu'elle devait mettre fin à tout débat entre lui et Par-
VIE DE SAINT HUGUES
chevêque de Vienne. Cependant il n'en fut pas ainsi. Gui , fier de sa naissance et de sa dignité , ne se pressa pas d'exécuter la sentence du légat , malgré la confirmation solennelle qu'elle avait reçue , et Urbain II fut contraint de le ménager pour ne pas augmenter le nombre d'ennemis que l'empereur Henri et l'antipape Guibert suscitaient tous les jours au Saint- Siège.
Cependant la fortune des armes ne favorisa pas toujours l'empereur. Conrad , son fils , se révolta contre lui et lui fit éprouver des revers multipliés. Urbain profita de ces discordes civiles pour ressaisir la prépondérance politique qui lui avait échappé pendant quelque temps , et pour écraser de ses foudres l'empereur Henri et l'anti-pape Guibert. Il ordonna à son légat de France d'assembler un concile à Àutun pour régler les affaires de l'église. On devait y procéder contre l'empereur , ainsi que contre Philippe I er , roi de France , qui s'était rendu coupable de bigamie, en épousant Bertrade du vivant de son épouse légitime, la reine Berthe (1). Saint Hugues et Gui furent aussi
(1) Bertrade elle-même était femme du comte Foulques d'Anjou ; Philippe exila Berthe après en avoir eu trois enfants. Ce prince joignait aux scandales de sa vie domestique ceux de ses brigandages publics.