CHAPITRE III
mais Gui , qui n'avait cherché qu'à éluder une condamnation , lui déclara de nouveau qu'il ne voulait rien céder.
Quelque temps après , Urbain II, qui avait habilement raffermi sa puissance à la faveur des troubles de l'empire , convoqua un concile général à Plaisance. Les évêques de toute l'Europe catholique s'y rendirent. Hugues résolut d'aller y demander justice des procédés de son archevêque, dont il se lassait d'être le jouet. Mais il arriva qu'après avoir franchi les Alpes , il se rencontra avec Gui dans un village de la Lombardie , appelé Saint-Ambroise. Ce dernier , qui redoutait d'être l'objet d'une accusation trop bien fondée , en présence d'une assemblée aussi solennelle , résolut de tromper encore son trop confiant adversaire. Il affecta toutes les marques du plus vif et du plus sincère repentir; il proposa à saint Hugues de réparer sur-le-champ tous les torts qu'il avait eus à son égard et de retourner à Vienne pour lui rendre immédiatement Salmoirenc et Saint- Donat. L'évêque de Grenoble , toujours animé d'un esprit de paix , de bonne foi et de charité, qui le portait à éviter les luttes orageuses et les scandales d'un procès ecclésiastique , consentit à revenir sur ses pas , pour profiter des offres qui lui étaient faites. Mais alors , Gui , qui jugea que le concile était presque fini et que
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saint Hugues ne pourrait pas y arriver à temps, éleva des difficultés inattendues , et se refusa encore à toute espèce d'arrangement. Heureusement il avait mal fait son calcul , et sa perfidie n'eut aucun succès. Hugues , indigné d'avoir été encore la dupe d'une pareille manœuvre , se mit en route sur-le-champ pour Plaisance , et il voyagea avec tant de rapidité qu'il y arriva le dernier jour du concile. L'assemblée était imposante et nombreuse. Elle était composée de deux cents évêques , de près de quatre mille clercs et de trente mille laïques. L'impératrice Adélaïde , qui s'était échappée de la prison où son indigne époux l'avait renfermée, était venue se plaindre aux pères du concile des outrages sanglants qu'elle avait reçus de ce monstre de débauches et de cruauté. Elle était arrivée là sous le patronage de la comtesse Mathilde , cette pieuse ennemie des schisma tiques , et en particulier de l'empereur Henri. De plus, on voyait à Plaisance des ambassadeurs de l'empereur de Constantinople , qui sollicitaient des secours contre les infidèles ; des envoyés du roi de France , qui étaient venus porter les excuses et les soumissions de leur maître. Hugues comparut devant cette auguste assemblée où venaient de se débattre les intérêts de la catholicité tout entière. Bassuré par l'accueil bienveillant qui lui fut fait et par la présence de saint