‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 51 sur 108 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

la France , et particulièrement à Tours. Un immense concours de pèlerins se rendait dans cette ville pour y porter les hommages de leur piété au sépulcre qui renfermait les restes précieux de Tillustre apôtre des Gaules. Dans ces temps où les communications étaient lentes etdifficiles, on choisissait volontiers les époques des grandes solennités religieuses pour propager avec plus de promptitude une nouvelle d'intérêt général» Une lettre adressée à tous les chrétiens et contenant le récit de cette guerre sainte qui avait mis en mouvement l'Europe entière ne put manquer d'être reçue avec reconnaissance par le clergé de la ville de Tours , et la lecture dut en être écoutée avec enthousiasme par les fidèles qui y vinrent de toutes les parties de la France solenniser l'anniversaire de la Saint-Martin. Ceux-ci la firent connaître ensuite dans les divers lieux de leur résidence, quand ils y furent de retour , et ainsi s'accomplit le but que voulait atteindre saint Hugues.

La lettre qu'écrivit ce prélat dans cette circonstance et la conduite qu'il crut devoir tenir, prouve que s'il ne se distingua pas comme l'un des plus ardents prédicateurs des croisades , au moins il approuva cette vaste expédition , qui devait être si féconde en résultats heureux pour la civilisation, le commerce et l'industrie, et il ne cessa pas de voir des frères dignes du plus

VIE DE SAINT HUGUES

tendre intérêt dans les guerriers qui s'étaient dévoués pour aller délivrer le tombeau de Jésus- Christ du joug des infidèles.

Au surplus , il ne pouvait pas en être autrement au sein de l'unité religieuse qui régnait alors dans presque toute l'Europe. La lettre des vainqueurs d' Antioche , dont nous avons donné l'analyse , est un beau monument de cette admirable unité qui mettait en commun , pour concourir au même résultat , les prières des fidèles qui étaient restés dans leurs foyers et les courageux efforts de ceux qui faisaient la guerre en Orient. Elle nous rappelle Josué qui combattait dans la plaine , tandis que , sur la montagne sainte, Moïse tenait ses mains élevées vers le ciel. Godefroy de Bouillon et les preux qui raccompagnaient , invoquant avec instance ces secours tout spirituels le lendemain d'une victoire et la veille d'une nouvelle bataille , prou^ vaient que la piété ne rétrécit pas l'esprit d'un; général d'armée , et que la foi n'affaiblit pas la valeur des soldats.

Saint Hugues fut donc au nombre des Moïses de l'Occident, priant pour les Josués qui s'avançaient en Orient vers la terre promise. Ce fut vers la fin de l'année 1 098 qu'il reçut la lettre des princes croisés , et qu'il la transmit à Par*chevêque de Tours. A cette époque , il venait de reparaître à Grenoble et de se réconcilier avec

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