CHAPITRE VI
Nous ne rappellerons pas les désastrës de la ' première armée des croisés commandée par Pierre l'ermite. Ces revers furent bientôt vengés par Godefroy de Bouillon et par les barons et chevaliers qui raccompagnaient. En 4098, la ville d'Antioche tomba au pouvoir de leurs armes. Les principaux chefs des croisés , Boëmond, Raymond, comte de Saint-Gilles, le duc Godefiroy et Hugues-le-Grand , écrivirent alors à tous les fidèles de la chrétienté (1 ) pour leur rendre compte des événements de la guerre et des succès qu'ils venaient d'obtenir. Ils y racontaient le traité fait avec l'empereur Comnène; un combat où ils avaient fait périr trente mille Turcs et remporté un riche butin ; la prise de Nicée, la prise d'Antioche et la dernière victoire remportée sur les infidèles , qui avaient laissé soixante-neuf mille hommes sur le champ de bataille , tandis que les croisés n?en avaient perdu que dix mille. Mais en même temps ils annonçaient que vers la fête de la Toussaint , le roi de Perse , accompagné du roi de Baby-
(1) Ad univertos Cltriiti fidèles. Voir aux pièces justificatives. II ne faut pas confondre cette lettre avec celle que les principaux croisés adressèrent peu de temps après à Urbain II , pour le prier de venir remplacer lui-même comme cher spirituel de l'expédition , son légat Adhémar, qui venait de mourir à Antioche.
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lone et de plusieurs princes infidèles , devaient venir les attaquer dans leur récente conquête, et ils conjuraient tous les chrétiens de leur obtenir la protection du Tout-Puissant par leurs prières , leurs jeûnes et leurs aumônes.
Urbain II reçut cette lettre comme étant le chef de la chrétienté à qui elle était adressée t après en avoir donné connaissance à Rome et h l'Italie , il renvoya à saint Hugues ; ce prélat la fit lire dans sa cathédrale et dans les autres églises de son diocèse. Puis il la transmit à son tour à l'archevêque de Tours , Radulphe II , en l'accompagnant d'unelettre écrite par lui-même, dont voici la traduction (1 ) :
« Moi , évêque de Grenoble , je vous envoie à vous , archevêque de Tours et aux chanoines de votre chapitre , ces lettres qui m'ont été apportées , pour que vous instruisiez de ce qu'elles contiennent tous ceux qui doivent venir à votre fête, et que ceux-ci la répandent dans toutes les parties du monde chrétien où ils retourneront, afin qu'on accorde aux croisés ce qu'ils demandent , soit par la prière et par l'aumône , soit en prenant les armes pour aller à leur secours. »
La fête dont parle saint Hugues était celle de saint Martin , qui était très-vénéré dans toute
(l) Voir le texte original aux pièces justificatives, à la suite de celle des princes croisés.