CHAPITRE VII
Hugues jouissait à peine du repos qu'il devait à sa patience et à son habileté , ainsi qu'à la justice d'Urbain II , quand ce grand pape, l'illustre promoteur des croisades , mourut avant d'apprendre l'assaut et la prise de Jérusalem.
Privé de ce puissant protecteur , Hugues se vit de nouveau en butte aux persécutions du comte Guigues. Ce seigneur, au mépris du dernier traité qu'il avait fait avec son évêque , recommença ses rapines et ses pillages. Quelque précaution qu'on eût prise lors du partage réglé par les officiers de saint Hugues et du comte , la juridiction de la ville de Grenoble était restée en commun entre eux ainsi que la suzeraineté de quelques terres. Sous prétexte de faire cesser cette indivision, Guigues s'empara du château de Montbonnot et dévasta les domaines qui en dépendaient ; il reprit les dîmes et les droits qu'il avait si solennellement abandonnés $ puis il se mit à dévaster les églises et à insulter les clercs qui s'opposaient à ses brigandages. Après avoir ravagé les biens de tous les membres du clergé , il les contraignit par les menaces et les violences , à se déclarer ses sujets , vassaux et hommes-liges. Les chanoinesde Grenoble furent les seuls qu'il n'osa pas réduire à cette oppression : ils conservèrent leur liberté , mais tout ce qui composait leurs familles fut obligé de prêter au comte le serment de vassalité. Or , à
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cette époque , les chanoines étaient des personnages fort importants, dont les familles , familiœ, étaient presque aussi considérables que pouvaient l'être sous Auguste et Tibère , la famille , familia , d'un sénateur ou d'un cavalier romain. La famille des chanoines (1) se composait de leurs clercs, de leurs écuyers, de leurs cuisiniers , de leurs compagnons ou commensaux , de leurs bouviers , de leurs domestiques des deux sexes, de leurs frères, de leurs neveux, de leurs parents et de tous ceux qu'ils logeaient et nourrissaient à leurs frais. Ordinairement les familles des chanoines ne relevaient que d'eux et de leurs évêques.
A cet acte de tyrannie, Guigues, insatiable de domination , en joignit bientôt un autre par lequel il donna une nouvelle preuve de son dédain pour les vieilles coutumes et les vieilles lois de son pays.
Nous avons vu dans la préface de cet ouvrage que les villes municipales avaient conservé presque toutes leurs libertés , surtout quand elles avaient été gouvernées par les évêques , plutôt quepar les seigneurs. Aussi les privilèges qu'avait eus Grenoble sous la domination romaine , comme ayant le pis iUdicum,el étant assimilée
(1) Le P. Columbi, De Reb.gesl. Valent., liv. 3, no 67, vol. 155.