CHAPITRE VII
aux municipes italiens , avaient été modifiés et transformés plutôt qu'effacés et détruits. Ces franchises locales , que des barbares tels que les Bourguignons et les Francs avaient respectées dans le premier enivrement delà conquête , ces précieuses institutions, qui avaient survécu à tant d'invasions , de révolutions et de ravages , furent brutalement renversées par le despotisme du comte d'Albon; c'est ainsi qu'à Grenoble , comme dans beaucoup d'autres villes , la lance féodale fut plus destructive que ne l'avait été la tramée du Germain.
En imposant ses lois aux Grenoblois , en les privant de leurs magistratures électives et en les forçant de ne connaître plus d'autre juridiction que la sienne , Guigues porta en même temps atteinte à l'autorité épiscopale , à laquelle il ne voulait pas laisser la plus petite part dans le gouvernement de la ville. Hugues avait donc ses droits à défendre aussi bien que ceux de son peuple. Il eut encore recours aux armes spirituelles , les seules qu'il se crût en droit d'employer , et il excommunia le comte d'Albon(1).
La colère dé Guigues s'alluma plus violente que jamais : il se porta à des excès inouïs, et
(1) Bis namque, ut multa taceamus , abeopro suis est exeommunicatw exceuibus. (Guigo carthusiensis.j
VIE DE SAINT HUGUES
contraignit encore saint Hugues, comme il l'avait fait naguères , à fuir la maison épiscopaleetà chercher, hors de Grenoble , un réfuge contre ces homicides emportements (1 ).
Ici un vieil auteur place un épisode dramatique et romanesque. Il prétend que saint Hugues arma ses vassaux pour résister au comte , et qu'il y eut entr'eux une guerre féodale. Il ajoute que l'un des principaux capitaines de Guigues d'Albon fut Odillon, père de saint Hugues. C'était un beau texte à déclamations contre les dissensions civiles , qui arment les membres d'une même famille les uns contre les autres. Malheureusement, non-seulement nous ne trouvons aucune trace de cette guerre dans les documents contemporains; mais on se souvient que d'après Guigues-le-Chartreux , nous avons raconté qu'Odillon s'était fait chartreux à l'âge de quatre-vingts ans; il en aurait eu quatre-vingt-quinze à l'époque dont nous parlons. — Il faut donc reléguer au rang des fables tout ce récit de Chorier , et ne pas consentir à laisser cette tache de sang à la réputation de douceur et de charité d'un grand saint.
Loin d'endosser le heaume et la cuirasse, et de tirer l'épée contre ses diocésains , saint Hugues
(1) Bis eum expulit episcapalibw domibus. (Guigo carthu-
sicnsis.)