CHAPITRE IX
soutiens de l'église avaient une entière confiance dans les lumières et la haute sagesse du nouveau pontife , car le roi d'Angleterre ayant témoigné quelques scrupules sur la validité de cette nomination , saint Bernard lui dit : « Bannissez » toute crainte ; vous répondrez de vos autres » péchés ; pour celui-ci je m'en charge. »
L'illustre abbé Suger soutint aussi très-vivement l'élection de Calixte II.
Le fait est qu'en outre de son mérite personnel , ce pontife avait l'inestimable avantage d'avoir des relations d'amitié et de parenté avec tous les potentats de l'Europe. Il était l'allié de l'empereur , du roi de France et du roi d'Angleterre. Cette haute position le mettait à même de pouvoir travailler plus efficacement que ses prédécesseurs à la pacification de ces troubles de l'église et de l'empire qui bouleversaient l'Europe depuis si long-temps.
Mettre à profit ces précieuses relations pour se faire écouter dans les conseils des princes , unir à une prudente fermeté cette adroite condescendance qui ne fait des concessions que pour en obtenir à son tour , telle était la mission délicate imposée au pape Calixte II. Il sut la comprendre et la remplir avec bonheur. Il se montra digne du gouvernement de la chrétienté , dont l'immense fardeau avait surchargé les mains débiles de Gélase et de Pascal.
V1K DH SAINT HUGUES
Son premier soin fut de s'entendre avecLouisle-Gros pour la réunion d'un concile général à Reims , où l'empereur Henri V serait invité à se trouver.
En attendant la tenue de ce concile où devaient se débattre les intérêts généraux de l'Europe et de l'église , Calixte II en convoqua un autre à Toulouse pour y régler quelques affaires de dogme et de discipline. On y fit excommunier les sectateurs de Pierre de Bruïs ; on y défendit aux princes et aux laïques de s'emparer des biens des évêques morts , et on prononça anathème contre les chanoines , les clercs et les moines qui renonçaient à leur profession ou qui laissaient croître leurs barbes et leurs cheveux comme les hommes du monde.
Les infirmités auxquelles saint Hugues était devenu sujet ne lui avaient pas permis de se rendre au concile de Toulouse. Il ne manqua cependant pas d'exprimer au pape Calixte la part qu'il prenait à son exaltation , et d'avoir pour son chef spirituel toute la déférence due à sa haute suprématie. D'un autre côté , soit que la conscience de sa sainte mission et de ses imposants devoirs eussent fait un nouvel homme de l'ancien archevêque de Vienne , soit qu'il n'agît que par les calculs d'une sagesse toute humaine , Calixte II , que nous avons vu naguères l'adversaire peu loyal de saint Hugues ,
Digiti
CUAP1THE IX
se montra, comme souverain pontife , son protecteur zélé , et l'appréciateur éclairé de ses vertus. Sur la demande de l'évêque de Grenoble, qui désirait que son dernier traité fait avec Guigues III reçut des mains du pape une sanction nouvelle , Calixte s'empressa de lui envoyer de Toulouse un bref dans lequel il lui témoignait une affection fraternelle (4) , en même temps qu'il déclarait le prendre, lui , ses clercs , son église et ses biens, sous sa protection spéciale , de telle sorte que quiconque leur nuirait en qttelque manière serait réputé avoir fait dommage au souverain pontife lui-même.
Après avoir ainsi cimenté la paix dans la petite contrée du Graisivaudan , Calixte , pour la rétablir dans l'empire et dans l'Europe entière , alla au concile de Reims , où l'empereur Henri V avait promis de se rendre. Mais ce prince fut infidèle à sa parole , et son absence laissa encore sans solution définitive de grandes questions politiques et religieuses desquelles dépendait la tranquillité générale. Parmi les décrets du concile , il y en eut un contre les prétentions des empereurs au sujet des investitures. Avant de le publier , le pape Calixte alla lui-même le communiquer à Henri V, pour l'engager à y souscrire , au moyen de quelques
(!) Fraternitas iua. Voir aux pièces justificatives.
modifications qui pourraient encore y être introduites. Cette démarche, dictée par un ardent amour de la paix , ne fut pas accueillie par l'empereur comme elle aurait dû l'être. Calixte II revint avec le chagrin d'avoir vu repousser toutes ses avances pour arriver à une conciliation (1119).
Le nouveau pape , après avoir terminé toutes les affaires qui pouvaient le retenir en France , résolut enfin d'aller occuper le siège de saint Pierre. Rome était alors au pouvoir de l'antipape Bourdin , que soutenait le parti impérial. Afin de chasser et punir cet usurpateur , Calixte fit de grandes levées d'hommes en deçà et audelà des Alpes , et principalement dans le Viennois. Pour former le premier noyau de sa petite armée , il s'adressa à Aynard II , chef de la maison de Clermont (1). Cette famille était déjà très-puissante à cette époque , soit dans le Viennois, soit dans les montagnes du Triève. Elle y possédait des terres fort étendues. Non moins ancienne que celle des comtes d'Albon , elle dut sa haute fortune à une source plus pure , et elle ne s'enrichit pas aux dépens du patrimoine de l'église ; la maison de Clermont fut toujours étroitement liée avec les archevé-
(1) Vie & Aynard de Clermont , recueil factice de la bibl. de Grenoble, no 7041 du catalogue.
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