‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 73 sur 108 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sur les rives du Jourdain , les chrétiens d'Europe, restés dans leurs foyers, formèrent de saintes confréries qui, pour contribuer, au moin s indirectement, au succès de la guerre sainte, se mirent à construire des ponts et des chemins destinés à faciliter les communications , ainsi que des hospices où les croisés et les pèlerins étaient reçus ; d'autres , surtout après la première croisade , se consacrèrent à bâtir des églises. Laissons parler ici M$ r l'évêque de Belley, qui , dans un ouvrage plein de science et de talent (1 ) , a admirablement résumé tous les documents du moyen âge relatifs à ces pieuses associations.

« Les souverains pontifes, qui ne voyaient pas » d'aussi bon œil qu'on le dit communément » ces guerres d'Orient , attachèrent les mêmes » indulgences à ces constructions utiles qu'au » pèlerinage de la Terre-Sainte et à la conquête » qu'on voulait en faire. Dès-lors il se forma des h associations d'ouvriers dans tous les genres , » qu'on appela bâtisseurs d'églises , pontifes ou » pontistes , etc. , etc

w Ces confréries avaient pris naissance à

(1) Manuel des connaissances utiles aux ecclésiastiques sur divers objets d'art, par Mgr I'évèquc de Belley, chez Pélagaud , Lesne et Crozet , successeurs de Ruzand , à Lyon , 1836.

VIE DE SAINT HUGUES

)• Chartres , et de là elles s'étaient répandues » dans les autres diocèses , principalement en )> Normandie. Pour en faire partie , il fallait » s'être confessé et s'être réconcilié avec ses en- » nemis , condition extrêmement importante à n cette époque où chaque province et quelque- » fois chaque commune était en guerre.

» Dès que les confrères étaient avertis qu'il y » avait quelque part une église à bâtir , ils s'y » rendaient en troupes de tous les diocèses voi- » sins , après avoir pris la bénédiction de leur » évêque , et ils se mettaient au travail avec une » ardeur incroyable. Le chef , appelé maître de » Fart , employait chacun selon son talent et ses » forces. Ainsi les uns taillaient la pierre , les )> autres coupaient et façonnaient les bois , » broyaient le ciment , maniaient la truelle , » ou faisaient fonction de manoeuvres en trans- » portant les matériaux ou les provisions de >» bouche. C'était un spectacle inoui de voir des » militaires , des nobles r des riches r des hom- » mes de plaisir s'attacher à un char en esprit » de pénitence , et voiturer eux-mêmes le sable , m la chaux , les bois , les pierres et les autres » matériaux nécessaires pour l'édifice sacré , et » se faire les serviteurs et les manœuvres des » ouvriers ; mais ce qui était plus étonnant en- )> core , c'était l'harmonie , la subordination et » le silence religieux qui régnaient dans les

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