‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 84 sur 108 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

veux blancs comme d'une auréole , et respirant la haute majesté de la vertu ; il recula en se récriant devant cet hommage qu'il ne pouvait accepter , et se prosternant à son tour , lui , jeune encore et dans la force de l'âge , devant cette noble et vénérable vieillesse , il demanda à saint Hugues sa bénédiction. De longs entretiens entre ces deux grands hommes suivirent cette scène touchante. Ils se lièrent de la plus tendre amitié et ils n'eurent plus qu'un cœur et qu'une ame : Inde cor unum et anima una.

En venant à Grenoble , saint Bernard avait encore un autre but , celui de visiter la Chartreuse et d'admirer cet ordre naissant dont on disait tant de merveilles. Il était en relation de lettres avec Guigues , qui fut cinquième prieur de Chartreuse (1). Guigues était né à Saint- Romain-du-Château , dans le diocèse de Valence. S'il faut en croire ses contemporains il était très-instruit dans les lettres divines et humaines. Il réunissait tout ce qui pouvait conduire aux places les plus éminentes de l'église ,

(1) C'est le même Guigues qui a écrit la vie de saint Hugues, d'où nous avons tiré de nombreux extraits. Le deuxième prieur fut Landuin, qui succéda en 1090 à saint Bruno. Le troisième , Pierre François , qui demanda miséricorde , c'està-dire qui renonça à la supériorité, après avoir gouverné pendant un an. Le quatrième, Jean, né en Toscane, gouverna pendant huit ans avec une haute sagesse.

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un esprit vif et pénétrant . une mémoire heureuse , un grand savoir et une éloquence entraînante. Mais il renonça de bonne heure aux décevants attraits de l'ambition , et se retira à la Chartreuse. Il y fut nommé prieur à l'âge de vingt-six ans , tant son mérite précoce fut apprécié par les religieux auxquels il s'était associé. Saint Bernard professait pour lui une grande vénération. Voici en quels termes il écrivait à ce respectable religieux (1 ) : « J'ai » reçu les lettres de votre sainteté avec une joie » semblable au désir et à l'empressement qui » me les faisaient souhaiter. Je les ai lues , et à » mesure que je les lisais je sentais en moi les » étincelles de ce feu divin que le Seigneur est » venu allumer sur la terre. 0 qu'il doit être » grand dans votre cœur ce feu sacré qui se » répand jusques dans celui des autres ! Je » craignais de troubler par des lettres impor- » tunes le saint repos dont vous jouissez dans » le Seigneur , ce silence perpétuel que vous » gardez à l'égard du siècle , ce doux entretien » que vous avez incessamment avec Dieu. Je )> craignais de me rendre à charge en interrom- » pant Moïse sur la montagne , Elie dans le » ciel , Samuel veillant dans le temple. Mais ce

(1) Bernardi opéra «p, carthut. et Guidoni priori epist., t. il, page 1402.

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