‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 83 sur 108 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

hautes vertus , et à découvrir ce qu'il lui manquait de perfections. Enfin il en vint jusqu'à chercher sérieusement à se décharger du fardeau de Tépiscopat (4125), qu'il avait , ainsi que nous l'avons vu , porté dès le principe avec répugnance. En conséquence , il écrivit au pape Honorius II , qui avait succédé à Calixte , et lui envoya des députés pour le supplier d'accepter sa démission. Mais ni ses lettres , ni ses députés ne reçurent d'autre réponse que de bienveillants refus. Alors lui-même , quoique infirme et âgé, se sentant en quelque sorte ranimé par l'espoir d'obtenir du repos pour l'avenir , alla trouver à Rome le souverain pontife , le conjura d'accorder une retraite et un peu de paix à sa vieillesse , et de donner à l'église de Grenoble un pasteur plus capable que lui de la régir et de l'administrer. Cependant , quoiqu'il crût trouver dans son état moral et physique de justes motifs de dispense , et qu'il les fit valoir avec force , il ne put pas obtenir la permission qu'il désirait si vivement. On crut que par le spectacle de ses vertus et l'autorité de sa présence au milieu de ses ouailles , qui avaient appris depuis si long-temps à le vénérer , il ferait encore plus de bien , malgré sa vieillesse (1) et

(1) Quam quiri* alius robustus liret ar sanus. (Guigo rarthusien&is.)

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ses infirmités, que tout autre qui aurait plus de santé et de jeunesse. Du reste saint Hugues comblé par le pape de marques d'affection et d'honneurs , le trouva favorable à toutes les autres demandes qu'il lui présenta ; il retourna pourtant dans son diocèse avec une profonde tristesse causée par le regret de n'avoir pas réussi dans le but principal de son voyage.

Privé de l'espoir dont il s'était toujours bercé , de finir ses jours à la Grande-Chartreuse , il ne songea plus qu'à se livrer avec un nouveau zèle à ses travaux apostoliques. Les persécutions qu'il avait essuyées , les vertus qu'il avait déployées dans le malheur comme dans la bonne fortune , l'éclat de son talent oratoire , la sagesse de son administration épiscopale et le succès de ses fondations pieuses rendirent son nom si célèbre , que Bernard , le Samuel de son siècle et l'oracle de la chrétienté , voulut avoir la consolation de visiter ce grand évêque , et de jouir de son entretien. Quand il arriva à Grenoble , saint Hugues (1) fut tellement ému de joie et de respect qu'il se prosterna aux pieds du fameux moine de Clairvaux , et lui rendit une espèce de culte comme à un envoyé de Dieu.

Bernard se sentit peiné et humilié en voyant se courber devant lui cette tête couronnée de che-

(1) Vila sancti Uernardi. (Bollandistes.)

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