‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 93 sur 108 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

le bruit qu'on allait le placer hors de la cathédrale , afin qu'un plus grand nombre de personnes pussent rapprocher avec plus de liberté. Par ce moyen , on persuada au peuple de sortir de l'église ; on en ferma ensuite les portes, et on put alors procéder avec toute la pompe convenable à l'enterrement de saint Hugues , auquel assistèrent les membres les plus distingués du clergé et un grand nombre de religieux de la Grande-Chartreuse , de Chalais et des Escouges. La foule continua de se porter autour de son sépulcre, et le concours des visiteurs ne diminua pas pendant plusieurs années après sa mort.

Cet enthousiasme, que la multitude témoigna pour les restes et pour la mémoire d'un si grand évêque , avait son principe , non-seulement dans l'esprit religieux du temps , mais encore dans une reconnaissance instinctive envers le magistrat populaire qui avait toujours pris parti pour le faible contre l'oppresseur , et qui avait été lui-même la victime, ou, comme on le disait alors , le martyr du despotisme féodal. Le généreux patronage que saint Hugues avait toujours exercé envers les classes inférieures lui valut , de leur part , dès qu'il eut fermé les yeux , des hommages et un culte public que le pape Innocent II ne fit en quelque sorte que régulariser , en le canonisant deux ans après sa mort.

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Cette canonisation eut lieu au concile de Pise(1 ), de l'avis de tous les cardinaux et de tous les évêques. A dater de cette époque le corps de saint Hugues fut placé dans un reliquaire d'argent , et exposé à la vénération des fidèles. Au seizième siècle , quand Grenoble fut pris par le baron des Adrets , qui commandait les huguenots et qui exploitait au profit de son ambition et de sa haine les passions religieuses des nouveaux sectaires , toutes les églises furent livrées au pillage , et on brûla publiquement , sur la place Notre-Dame , les précieuses reliques de saint Hugues. Singulier et sacrilège auto-da-fé , où , au nom d'une cause qu'on disait populaire , des fanatiques anéantissaient tout ce qui restait de l'un des bienfaiteurs de leurs aïeux , et semblaient jeter au vent , avec ces cendres sacrées , les croyances et les traditions des vieux âges.

(1) Voir aux pièces justificatives.

VIE

DE HUGUES II

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