‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 92 sur 108 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

les plus opposées aux mauvaises tendances de leur nature.

Dans les deux grandes affaires qui résument la vie publique de saint Hugues , son procès contre l'archevêque de Vienne , usurpateur d'une partie des droits de son église , et sa lutte contre le comte d'Albon , représentant de la force brutale , si insolente au siècle de la féodalité , il allia la persévérance qui ne fléchit jamais , à la modération qui se tient dans les limites que les convenances de Tordre le plus élevé imposent à un ministre de Jésus-Christ. Aux yeux de Dieu , il amassa de grands mérites par cette mesure dans le zèle , qui est une qualité si précieuse et si rare. Aux yeux du monde, il obtint ce qui recommande au plus haut degré

les actions humaines , le succès 11 avait

trouvé son diocèse dans le désordre et l'anarchie ; les biens de l'église livrés au pillage des grands , les membres du clergé donnant euxmêmes l'exemple du sacrilège et du scandale.

Il rétablit partout l'ordre et la paix , obtint d'étonnantes et de nombreuses restitutions de la part des seigneurs , et fit disparaître les abus qui déshonoraient le sanctuaire. 11 accomplit pendant un demi-siècle la mission de pacification et de réforme que lui avait donnée le grand pontife qui l'avait consacré , Grégoire VII, dont le règne avait été malheureusement si

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court. Des revenus abondante et d'une perception facile , une puissance temporelle bien réglée , un sacerdoce de moeurs épurées et sévères ? un peuple chez qui sa sagesse et ses vertus avaient fait grandir la puissance morale de Tépiscopat , des seigneurs devenus les soutiens de l'église et les bienfaiteurs des monastères ; voilà les éléments que saint Hugues en mourant laissa à son successeur pour faire le bien dans son diocèse.

Le corps de saint Hugues fut gardé sans sépulture durant cinq jours entiers , et pendant tout ce temps on n'y remarqua aucune trace de corruption ou d'odeur , quoiqu'il commençât à faire très-chaud. Tous les peuples des environs vinrent rendre hommage à ses cendres.

Les grands comme les pauvres baisaient ses dépouilles mortelles ; les mères le faisaient toucher par leurs enfants , chacun aurait voulu avoir quelqu'un de ses précieux restes , ou des débris de ses vêtements. Mais en pareille circonstance , l'excès de la piété peut devenir une profanation. On se contenta de permettre aux fidèles de faire toucher au corps du saint des anneaux ou d'autres objets qui devenaient ensuite pour eux des espèces de reliques. Le concours de la foule autour de ce corps vénéré était si grand que , pour pouvoir l'inhumer , on fut obligé d'user de subterfuge , et de répandre

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