‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 113 sur 322 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tiers à Saint-Lazare, où son disciple Goderan donna un exemple si héroïque. Dieu voulut un jour manifester par un miracle combien lui était agréable la charité de son serviteur à l'endroit de ces infortunés. Ce fut en Gascogne que le fait arriva. L'abbé de Cluny allait chevauchant, accompagné de Tarchevêque de Toulouse, Durand de Bredon. Avec eux se trouvaient deux moines clunisiehs ; Fun se nommait Vincent; l'autre était cet Hunald, qui devint abbé de Moissac après Durand. Il n'y a pas de doute qu'il s'agissait de quelque voyage relatif aux nombreuses restaurations de monastères accomplies par Hugues en cette région depuis l'an 1060 environ. L'abbé de Cluny allait donc ainsi, quand Hunald lui désigna non loin de la route une chaumière à l'asped misérable, et lui apprit qu'en ce taudis habitait un homme de noble race. Ce malheureux seigneur avait vu d'abord sa fortune lui échapper, puis Dieu l'avait éprouvé plus encore, en permettant qu'une lèpre affreuse le forçât à s'isoler de la société de ses semblables. Heureux de trouver cette occasion de visiter Notre-Seigneur lui-même, Hugues laissa ses chapelains continuer leur route & vint descendre de cheval à la porte de la chaumine désolée. En y entrant, il y trouva en effet le lépreux dont on lui avait parlé, s'enquit de ses besoins, le consola charitablement, & lui remit quelque argent. 11 s'aperçut ensuite que le malheureux abandonné avait besoin de vêtements ; n'ayant pas sous la main ce qu'il eût voulu lui donner, il se dépouilla tout à la dérobée de la pelisse mstique qu'il portait sous sa coulle, à la manière des Clunisiens, & en revêtit le lépreux. Cela feit, il se mettait en devoir de remonter à cheval, quand un cri de joie du pauvre homme l'arrêta : au contaâ: du vêtement de peau , le lépreux voyait ses membres devenus si nets qu'il n'y restait plus traces de son horrible maladie. Hugues ne s'arrêta pas à en demander davantage, on le pense bien, & se hâta de rejoindre les siens. Il eût voulu ensevelir ce fait dans le secret le plus profond ; mais Durand, Hunald & Vincent avaient tout vu, & ils en rendirent bon témoignage. Par ce signe miraculeux, le Seigneur venait de caractériser la mission du saint abbé, de lui

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