‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 115 sur 322 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

RELATIONS DU SAINT ABBÉ AVEC LES GRANDS. EXPANSION DE CLUNY (I064-IO70).

OUS ne sortirons pas de Cluny sans qu'un beau speftacle y arrête encore nos regards. Dès Tannée qui suivit la légation de saint Pierre Damien, Hugues se mit en devoir d'user des privilèges que le Saint-Siège venait de lui confirmer. A la fin de l'année 1064 , il invita l'évêque Achard , de Chalon-sur-Saône, à venir faire la dédicace de l'église de la Sainte Vierge. Elevée parallèlement à l'église principale de l'abbaye , elle était située à l'intérieur même de la clôture régulière. Elle faisait saillie dans le préau du grand cloître, & se trouvait contiguê à l'infirmerie, d'oïl son rtom de « Notre-Dame de l'Infirmerie ». On y comptait cent-soixante stalles encore au XVllI* siècle(i) ; c'était donc plus qu'une chapelle , une véritable église , où les moines se rendaient processionnellement en certaines circonstances. Les rites augustes de la consécration purent s'y déployer dans toute leur grandeur. Aux yeux du saint abbé, ils avaient une

(1) V. aux documents le ms. intitulé : Detcription dt Tègiàe &■ lieux film notaMa de Tabbaye Je Cluny. (Bibl. de Solesmes.)

particulière importance pour cette église, où il faisait déposer les corps des frères défunts, & où lui-même voulait rendre son dernier soupir, étendu sur la cendre & le cilice. A ce moment suprême, dans ce lieu désormais consacré, il se trouverait donc réellement au pied de Téchelle mystérieuse que Jacob avait vue, & qui mettait la terre en communication avec le ciel. L'écho de ces murailles désormais précieuses lui redirait que Thuile sainte avait été répandue en cet endroit , comme jadis par le patriarche sur la pierre de Béthel, apportant avec elle la plénitude de l'Esprit sanâificateur. Il serait donc bien, à cette heure décisive & au milieu des luttes dernières, enveloppé dans les puissances du divin Esprit. Dans le cœur du saint abbé, ces pensées étaient à coup sûr la source d'une grande joie. Mais voici que des événements moins pacifiques venaient réclamer ses soins hors du monastère.

Il s'agissait à nouveau de son beau-frère, Robert le Vieux, duc d|ç Bourgogne. Le nom de cet homme n'éveillait que de tristes pensées dans l'âme de l'abbé , de Cluny ; en ce moment la clameur universelle s'élevait contre lui(i). La guerre

(i) Nous plaçons à cette date Tépisode qui suit, bien que ce ne soit pas celle qui ait été adoptée jusqu'ici, parce qu'elle nous semble mieux concorder avec d'autres dates qui sont certaines. Ainsi, la mort du jeune Hugues de Bourgogne n'a pu arriver avant 1060, puisqu'en 1059 il figure au $acre de Philippe 1*' comme représentant de son père.(Labbe, ConciL IX, col. 1 108.) De plus, l'évéque Drogon de Mâcon figure dans le concile dont nous al- Ions parler, qui n'a pu par suite avoir lieu avant 1062. Lès aflairés de Clurty que nous venons de raconter ne laissent guère place avant 1063 à celles de Robert & d'Haganon, auxquelles Hugues de Cluny fut invite à prendre part. Cossartius (ap. Mansi, XIX, 1040) s'en tient à la date de 1065. Elle est plus vraisemblable, si, comme on le croit, l'église de Semuren-Auxois a été élevée par Robert de Bourgogne à cette date, en réparation du meurtre de son beau-père. Durant tout le temps qu'il guerroyait, il était évidemment peu d'humeur à élever des églises en esprit de pénitence. D'aiihurs on ne peut reculer la date du concile d'Autun au delà de 1072 , puisque Drogon mourut cette année-lâ. — Cf. Lehman, Forscbungen , p. MO ; Gaîlia Christ, t. IV, col. 88^ — Il y aurait lieu en outre d'examiner si le fils dont Robert le Vieux voulait venger la mort se nommait bien Hugues. Car à la date de io6$i la d-achesse Alix avait' certainement

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