CHAPITRE XII
s'était allumée entre le duc & son beau-frère, le comte d'Auxerre, qui avait épousé une fille du roi Robert le Pieux. Le duc de Bourgogne voulait s'emparer du comté ; mais il eut à lutter contre le peuple & le clergé, invinciblement attachés à la cause du seigneur légitime. Dans une rencontre, le fils aîné<le Robert, nommé Hugues, trouva la mort.. Ce malheur rendit furieux le terrible duc,- qui commença une guerre de piljagfe & d'incendie .contre, ses adversaires. L'évêque d'Autun, nommé Haganon, se trouva enveloppé dans la tourmente. Son père lui avait légué 4eux abbayes situées aux portes mêmes d'Auxerre(i). H dut donc de ce chef se trou-
déjà donné le jour à un fils qui porta ce nom & fut le duc de Bourgogne Hugues I'''. Comment le même nom fut-il donné à ces deux fils, du Vivant même de Tainé? On a dit que le futur duc de.Bourgqgne était non le fils de Robert le Vieux, mais son petit-fils, & que le jeune représentant de Robert au sacre du roi Philippe fut le père de Hugues I**". Cela nous semble très douteux. L'Académie des Inscriptions & balles-lettres , dans la généalogie qu'elle donne des ducs depuis Robert le Vieux , avance une solution qu'elle contredit quelques lignés plus bas* {Histoire de'ï Académie royale, 1736, t. IX, p. 193-194.) Elle donne d'abord Hugues i*'' pour fils de Henri, second fils lui-même d'Alix de Bourgogne ; l'ainé de cet Henri se serait appelé Hugues en effet. Mais à la page suivante, l'historien dit que Hugues I" eotra en 1078 à Cluny. Or, en 1078, le petit-fils d'Alix aurait eu au plus dix-sept ou dix-huit ans ; & il aurait cependant déjà gouverné son duché durant trois ans, c'est à dire dès quinze ans, s'il était déjà chevalier; & il aurait perdu déjà sa femme, Sibylle de Nevers ! II y a évidemment là une impossibilité. Dom Plancher est cependanjt de cet avis {Hist. de Bour^ gogne, 1. 1, p. 269). Ne pouvant trouver rien qui nous permît de résoudre ce problème des deux fils de Robert le Vieux tous deux nommés Hugues, nous avons cru devoir suivre simplement la version des anciens chroniqueurs, laissant au temps le soin de dire clairement s'ils se sont trompés ou si quelque élément du problème nous a échappé jusqu'ici.
(1) Lebœuf, Mémoires pour Vbist. eccîés. d*Auxerre, t. I, p. 265. — L'évêque Haganon devait appartenir à la famille de Mont-Saint-Jean , alliée à la famille de Vergy , s'il faut en croire la traduâion donnée par l'éditeur du cartulaire de l'église d'Autun (1865), p> .62 : « Carta de Beliniaco ». Dans ce document, Haganon condamne a restitution un certain Raginard, quUl nomme <( fratre nostro ». M. de Charmasse pense qu'il s'agit là réellement d*un lien de parenté. Or, à la page 44, nous voyons ce même Raginard exécuter la sentence ; & il se nomme « Raginardus de Monte Sanâi
ver amené à participer dans une certaine mesure aux hostilités contre Robert de Bourgogne. Mais le malheureux prélat était dès lors exposé plus que personne aux coups de ce redoutable ennemi, se trouvant évêque d'un diocèse compris dans son duché. Aussi fut-il en butte à une véritable guerre, à laquelle les évêques voisins voulurent mettre un terifie à tout prix. D'ailleurs la Bourgogne entière, clergé, noblesse, ou roturiers, réclamait à grands cris la fin de cette tempête dévastatrice. Les archevêques de Lyon & de Besançon s'interposèrent, avec Achard de Châlon & Drogon de Mâcon. Tous se réunirent à Autun ; mais ils jugèrent nécessaire de s*adjoindre l'abbé de Cluny (i). La légation de saint Pierre Damien venait tout à l'heure de montrer quelle puissance il y avait là ; les évêques de Châlon & d'Autun étaient devenus pour Hugues de Cluny des amis fidèles ; & enfin les liens de parenté de l'abbé avec le duc faisaient espérer quelque fruit de son intervention. Hugues ne se refusa pas à faire partie de ce concile, où il allait se trouver face à face avec le meurtrier de son père & l'insulteur de sa sœur. Il se rendit à Autun. Une foule de barons & de chevaliers y accouraient, aussi désireux que les évêques de voir finir cette orgie de cruautés qui n'avait rien de la guerre chevaleresque. Devant la manifestation énergique & unanime de ces sentiments de réprobation, Robert de Bourgogne ne crut pas pouvoir s'abstenir de venir à Autun lui aussi. D'ailleurs sa présence pouvait empêcher peut-être une entente de s'établir entre tous les seigneurs réunis dans cette ville. Il vint donc, mais comme un maître insolent, & accompagné d'une escorte qui pouvait valoir une petite armée. D'ailleurs son dessein n'était pas de comparaître par devant les évêques, & il s'y refusa nettement lorsqu'il y fut invité. Alors, les prélats ne pou-
Johannis » . Toutefois il ne dit pas du tout, en nommant Haganon, qu'il sôit son frère, nous devons le remarquer.
(i) Le nom de concile ne paraît convenir à cette réunion d'évéques que dans un sens restreint. C'était plutôt une assemblée des deux ordres, clergé & noblesse. Si c'eût été un concile provincial proprement dit , l'abbé de Cluny n'eût pas eu besoin pour y venir d'être convoqué à titre exceptionnel.