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ES œuvres de Dieu commencent presque toujours sans bruit, & il est souvent difficile d'en découvrir les premières assises. Il en fut ainsi pour Tintroduftion des moines clunisiens en Espagne (i). Nous sommes autorisés à dire que ce passage des moines bourguignons au delà des Pyrénées fut vraiment une œuvre de Dieu , parce qu'il eut plus tard des conséquences d'une importance majeure pour l'Espagne & pour la chrétienté tout entière. La première préparation de ces événements remonte au temps de saint Odilon. « L'Esprit souffle où il veut, dit l'Evangile, & Thomme « ne sait d'où il vient ni où il va (2). » Ce fut ainsi qu'un
(i) Nous suivons, pour ce chapitre, principalement Yepez, Chroniques de T Ordre de Saint-Benoît ^ conjointement avec Mabillon, Annales Benediâini, mais nous ferons les additions & corrections que nous a suggérées Tétude des Conciles & des Aéia SS. O, 5. B. ssec. vi, en tenant compte également des renseignements que nous ont fournis nos frères en religion réfugiés à Saint-Dominique de Silos.
(3)Joan. \\\, 8.
évêque de Pampelune , du nom de Sanche , eut la vocation de descendre de son siège & d'aller faire profession à Cluny. Qui pouvait prévoir quelles suites aurait cette démarche isolée ? Cependant il advint que cette vocation eut du retentissement en Espagne. Le roi Sanche, de qui Pampelune relevait, en fut instruit, & peut-être même entretint des relations avec le moine évêque, auquel saint Odilon avait voué une vive affeftion(i). Ce qui est certain, c'est que le prince, peu satisfait de Tétat où il voyait les monastères de son royaume, envoya le moine Paternus (2) avec quelques autres frères pour étudier & pratiquer à Cluny cette observance dont la réputation était parvenue jusqu'en Espagne. Paternus & tous ses compagnons reçurent donc société parmi leurs frères de Cluny, & purent ainsi suivre tous les exercices réguliers aussi longtemps qu'ils le voulurent, comme s'ils eussent fait profession dans le monastère. Après quoi ils retournèrent en Aragon , où Paternus fut fait abbé de Saint- Jean de la Pefîa. 11 avait rapporté au roi Sanche l'aôe par lequel saint Odilon admettait aussi ce prince à la société avec les Clunisiens (3) ; &, de France, l'abbé de Cluny continua à entretenir les relations les plus amicales soit avec Patemus lui-même, soit avec les princes espagnols, auxquels il recourut lors de la famine qui désola pendant trois ans la Bourgogne, de 1030 à 1033(4). De leur côté, les évêques d'Espagne accueillirent avec grande faveur la restauration de la règle bénédiftine, & prièrent le roi d'en faire bénéficier aussi le monastère de Saint-Sauveur d'Ona. Paternus fut encore chargé de ce soin. Deux conciles vinrent ajouter le poids de leur autorité à ces importantes mesures. En 1033, les évêques réunis à Pampelune décidèrent que désormais ne s'assiéraient plus sur le siège de cette ville que des prélats choisis dans un monastère réformé sur le modèle de Cluny. L'année suivante, Ramire, fils du roi Sanche, prit
(1) AQa SS. O. S, B, saec. vi, p. i, p. 669.
(2) Yepez, Chroniques, t. III, p. 20.
(3) D'Achery, Spicil fol^ t. lU, p. 381 •
(4) Ihid.