‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 127 sur 322 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

rinitiative d'une mesure pareille pour TAragon , & un nouveau concile décréta que Tévêque de ce siège serait toujours choisi parmi les moines de Saint-Jean de la Pena(i). A cette époque on ne croyait donc trouver d'éléments de résurrection assez énergiques ni dans les monastères de Ripoll , ni dans ceux de Cardena, de Saint-Emilien, de Saint-Pierre d'Arlanza, ou de Silos. En effet, Tétat où se trouvait celui-ci lorsqu'il fut remis dix ans après entre les mains de saint Dominique, moine de Saint-Emilien & prieur de Sainte-Marie de Canas (2) , nous fait assez comprendre quelles ruines les guerres sarrazines avaient causées dans le monachisme espagnol.

Les deux conciles dont nous venons de parler posaient, à leur insu peut-être, un principe dont les conséquences allaient se développer au temps de Tabbé Hugues de Cluny. En effet, ainsi que nous l'avons dit, le centre & le grand moteur de l'observance clunisienne était l'office divin. Dans l'abbaye tout était réglé par la liturgie. Comprendre autrement l'observance n'eût pas été une marque de fidélité à la règle de saint Benoît. Pour le saint patriarche l'office divin est le premier devoir des moines. Saint Benoît en règle tous les détails , précisément parce que , l'office étant le centre & comme le soleil de la vie monastique, il fallait que toutes ses parties fussent fixées & coordonnées avec précision pour que l'observance en ressentît l'influence bienfaisante. Or il en était ainsi à Cluny. Par suite, il devient évident que là où l'observance clunisienne était introduite, là où l'on cherchait à s'en rapprocher le plus possible, on devait être amené à chercher aussi ce degré de similitude dans l'office divin. Par conséquent le terrain était préparé dans ces monastères pour une évolution liturgique , destinée à remplacer la liturgie mozarabe, qui régnait en Espagne, par la liturgie monastique. Celle-ci d'ailleurs n'était autre que la liturgie romaine avec quelques adjonctions qui n'en changeaient pas la nature.

(i) Pour les dates de ces deux conciles, v. les remarques de Cossartius, ap. Labbe, Concih t. IX. col. 1175-1 175. (a) Annd. Bened. t. IV, 430.

Mais en outre , en plaçant sur des sièges épiscopaux les moines ainsi préparés , on devait s'attendre à trouver en eux des promoteurs de cette même évolution dans les diocèses qui leur étaient confiés , dès que le Saint-Siège témoignerait un désir de ce genre (i).

Ces conséquences se développèrent avec le temps, & il semble que tout d'abord on ne les ait pas prévues. Mais en 1063, un concile tenu à Jacca en Aragon, en présence de Ramire 1*% roi de ce pays, décida l'abolition des rites mozarabes, qu'il qualifiait d'étrangers, en leur substituant la liturgie romaine (2). Pour se rendre compte du mouvement inauguré par ce concile, on doit en remarquer la date & la composition. La date est 1063, ^'^st à dire trois ans après que l'abbé Hugues de Cluny se fut acquitté de la légation que le Pape Nicolas II lui avait confiée pour l'Aquitaine. Or, parmi les évêques présents à Jacca, nous remarquons, avec les évêques de Saragosse, d'Urgel & de Calahorra, les évêques Héraclius de Bigorre, Etienne d'Oloron, &Jean de Leftoure, enfin l'archevêque d'Auch, qui préside le concile, Ne pouvons-nous pas voir dans l'avis exprimé par les quatre prélats français une manifestation nouvelle de l'aftion exercée par le légat Hugues de Cluny dans le midi de la France, aftion dont nous avons déjà noté des effets nombreux & considérables (3) ? Deux causes politiques allaient contribuer à accentuer ces résultats. La Castille, avec le Léon & la Galice, obéissait alors à Ferdinand I**", ami sincère & dévoué des moines clunisiens. D'autre part, la Catalogne, qui depuis Charlemagne était politiquement liée aux provinces du midi de la France, avait à sa tête la comtesse Almodis, femme de grand caraftère , qui , en ces années mêmes , manifestait son bon vouloir envers Cluny par la cession volontaire de l'abbaye de Saint-Gilles. Deux voies s'ouvraient donc devant l'abbé Hugues & ses moines. Ferdinand les appela & vou-

(i) Dom Guéranger, Institutions liturgiques, t. I, ch. xi.

(2) D'AguirrCi Concil. Hispan. t. III, p. 230

(3) II faut remarquer en outre que Tévéque d'Urgel était fils du comte de Cerdagne. (Labbe, Concil, t. IX, col. nu.)

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