‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 154 sur 322 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

« prière , nulle considération humaine , nulle acception de « personne enfin, ne pourront le détourner du droit chemin « de la justice. »

Quelques mois après, en septembre, Manassès de Reims avait à répondre de ses crimes par devant le légat Hugues de Die. Trois accusateurs se présentaient contre lui, parmi lesquels celui que TEglise honore aujourd'hui sous le nom de saint Bruno, le fondateur de la Grande Chartreuse. Les griefs articulés contre Tarchevêque étaient d'abord des manœuvres simoniaques pour monter sur le siège de Reims, puis la dilapidation du mobilier liturgique des églises, la spoliation des clercs, enfin les excommunications injustement lancées contre des églises & des abbayes. L'archevêque ne comparut pas, & fut condamné par Hugues de Die. Mais il sut s'arranger pour incriminer la conduite du légat, & justifier le défaut qu'il avait opposé à sa citation. Par le fait, une lettre de saint Grégoire VII nous montre que l'évêque de Die avait procédé sans la modération voulue ; outre l'archevêque de Reims , ceux de Besançon , de Sens, de Tours & de Bourges avaient été frappés par lui de la peine de déposition ; c'était grave ; & Grégoire, examinant l'affaire , jugea devoir casser toutes ces sentences (i). En ce qui concernait Manassès, qui affichait la prétention bizarre de n'être jugé que par des légats romains de naissance, le Souverain Pontife se garda bien d'admettre cette condition, & adjoignit encore une fois Tabbé de Cluny à l'évêque de Die pour juger cet homme, dont il démêlait fort bien les intrigues dilatoires (2). Deux ans devaient se passer avant que ce pasteur indigne fût définitivement abattu sous le coup des sentences apostoliques, dont il avait bien des fois mérité la sévérité.

Le commencement de l'année 1078 apporta une douleur nouvelle au cœur de l'abbé de Cluny. Le 5 janvier, l'impératrice Agnès était morte à Rome ; & le saint Pape, qui avait depuis longues années éprouvé le dévouement de la pieuse

(1) Epist lib. V, XVII.

(2) Ibid. lib. VI, III (1078).

princesse aux intérêts de l'Église, voulut présider à ses funérailles. 11 avait dû briser le cœur de cette mère,' le jour où en sa présence il avait été obligé de foudroyer par l'anathème un. fils indigne d'elle & de Henri IIL Mais il tenait à tériioîgner de ses sentiments àTégard de la malheureuse princesse, qui fut inhumée dans réglise de Sarnte-Pétronille. Le cardinal Gérald, évêque d'Ostie, venait aussi de s'endormir dans le Seigneur ; c'était encore là un ami que perdait l'àbbé de Cluny, dont Gérald avait été le grand-prieur. Mais le saint abbé n'avait.guère alors le loisir de s'absorber dans' ses regrets ; les affaires se rtiultipliaient pour lui-. A mesure qu'il s'élevait dans la voie de la^ contemplation , il réalisait l'ambition que l'Apôtre avait pour son disciple; & devenait « le Vase « sanâifié par l'Esprit Saint, digne de figurer à une place « d'honneur dans la maison de Dieu; » il devertait « Tinstru* «ment utile au Seigneur, & préparé ? pour toute œuvre « bonne (i). » Sans parler des soins que réclamaient alors les affaires d'Espagne, les monastères français continuaient à recourir à Cluny. C'était maintenant ia grande abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. Les guerres entretenues en Bour-^ gogne par le duc Robert avaient eu un triste côntre-doup sur cet; illustre monastère, qui en avait souffert au spirituel autant qu'au matérid. Durant le concile d'^Autun tenu en 1077, l'éleftion avait porté au siège abbatial de Saint^Bénigne ce même Jàrenton que nous avons vu tout enfant étudier sousj'habit monastique. Maintenant ce nouvel abbé recourait à celui' qui avait* pris soin de: sa petite enfonce, .& lui demandait secours pour. restaurer;^ monastère confié >à' seç soinsv Hugues lui envoya huit moines ; Jarentdn en nlohi*^ ma un prieur, de .l'abbaye^, & distribua çntre les >atitres les' principales charges du «monastère; en . sorte j qii^ 'bientôt l'impul$ij0p donnée envdoppa /& -entraîna tojute la^ comttto^ naaté, qui se releva* de l'état jd'aflfeissement où elle iétarti tombée, . De ' nouveaux» jours; : de splendeur rècomrtlencètsent) dès lors à luire pour l'abbaye de Saint-Bénigne (2).

(1) Il Tim. II, 21.

(2) Annal, Bemd, lib. Lxv, n^ vti; ann. 1077;

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