‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 153 sur 322 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Pontife romain, sans doute pendant le voyage que Grégoire fit dans les états de la comtesse, lorsqu'il sortit de Canossa(i). Grégoire à son tour donna Tabbaye à Cluny, cpntre une redevance annuelle, & la nomination de Tabbë de Padolifone fut remise pour toujours à celui de Cluny (2). Le premier auquel Hugues confia ce monastère, deux fois précieux à son cœur, fut Nitelus, que le saint Pape représente comme un religieux dofte & prudent. L'abbaye de Saint-Benoît fut un solide appui pour !a Papauté dans cts contrées tant bouleversées par le schisme & Thérésie. Cluny, d'ailleurs, y jeta d'autres racines. Sans parler du monasftère de Sâint-Maïeul de Pavie, nous avons vu déjà celui de Lodi ; en 1 076 c'était Crémone qui appelait des moines clunisîens. En i 079 Bergame vit s'élever le prieuré de Saint-Paul d'Argono ; en 1Ô82 le diocèse de Verceil eut celui de Saint-Valérien de Robbîo ; enfin, en 1087, Milan, la forteresse du Schisme, vit* sur son territoire Saint-Jacques de Puntido, qui compta bientôt trente moines sous la conduite du bienheureux Albert. Nous remarquons à ce propos que toutes ces possfessions clunisiennes, les seules qui en Italie relevassent réellement de la grande abbaye, étaient situées dans cette Lombardiê qui était le champ de bataille où se livraient sans trêve les combats entre l'Empife & la Papauté. C'est assurément là une affirmation du rôle fidèle & militant de Cluny au service de Rome. Ce fut à Saint-Benoît de Padolrrôné que Mathilde, l'intrépide champion de saint Pierre, voulut être ' ensevelie ; ce fut là qu'elle reposa, au milieu de cette famille clunisienne qui avait lutté pour la même cause & souffert les rigueurs des mêmes perséciitipns , que l'héroïque comtesse. Pendant le voyage de Grégoire à travers ces payis auxquels

(i) Les dates que portent les lettrés de sairtt Grégoire VII notis montrent que de mars à août 1077 il voyagea même en Lombardiê, pour revenir ensuite par Florence & Sienne vers Rome. — V. Jaffé, Regesf,

(2) BuU. Cîuniac. p. i8. ^ Colle<aiôn ' Bàluzé (BIbl. Nat.), t. 379, p. 283 : note sur un évangéiiaire donné par la confitesse Mathilde à Tabbaye de Padolirone.

il voulait sans doute faire sentir de plus près l'aftion & la présence de saint Pierre, l'infatigable Pontife ne perdait pas de vue les intérêts de la chrétienté, & ne laissait pas dans Toubli les causes que primait par son importance la lutte engagée contre le tyran de la Germanie. Ses lettres partaient dans toutes les directions ; il y en avait qui allaient trouver jusqu'aux chrétientés septentrionales de Danemarck & de Norwège, tandis que d'autres arrivaient en Angleterre, en Espagne, en Hongrie, en Afrique, à Byzance même. La vie des auxiliaires de la Papauté offre alors forcément le même caractère d'aftion. La présence d'un capitaine actif se révèle tout de suite par la marche de ses troupes & les manœuvres de ses lieutenants. Il en était de même pour les soldats de l'Eglise sous la main de saint Grégoire VII. Hugues de Cluny ne fit pas exception. Au mois de mai 1077, deux mois à peine après Canossa, Grégoire écrivait à son fidèle légat en France, l'évêque de Die, nommé aussi Hugues; le Pape lui enjoignait de réunir, soit à Langres, soit aux environs, un concile auquel il présiderait de concert avec l'archevêque de Reims & l'abbé de Cluny. L'on y devait porter la peine de déposition contre quiconque aurait ordonné un évêque coupable d'avoir reçu d'une main laïque l'investiture de son siège. On y devait examiner à ce point de vue la cause de Gérard, évêque élu de Cambrai, comme aussi celle des évêques de Chartres, d'Annecy, de Clermont, & de l'abbé de Saint-Denys(i). Or voici en quels termes Grégoire désignait l'abbé de Cluny pour cette charge : « Nous vou- « Ions, disait-il à Hugues de Die, que tu invites Notre frère, « le vénérable abbé Hugues de Cluny , à tenir avec toi Notre « place au concile, & Nous voulons que tu insistes beaucoup « auprès de lui s'il en est besoin; cela, pour plusieurs rai- « sons, m2^is surtout parce que Nous voulons, avec l'aide « de Dieu & la sienne, voir régler définitivement & pour le. « mieux la cause de l'Église de Clermont. La miséricorde de « Dieu & la vie de cet abbé Nous sont garants que nulle

(i)Jatfé, Regesf.n^ )jjj.

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