CHAPITRE XVIII
SAINT PIERRE IGNEE A CLUNY. — SAINT-MARTIN-DES-CHAMPS. GUÉRISON d'un PARALYTIQLIE. — CONCILE ROMAIN.
UGUES de Cluny répondait par son dévouement à la confiance que lui témoignait d'une manière si touchante le Pontife saint , qui servait & sauvait l'Eglise autant par ses douleurs que par ses tra- 'vgjpj^^M^^^g^^v^i vaux. Grégoire l'investissait officielle- 2^^§^^^^^^I=^ ment encore une fois du titre de légat, & écrivait à l'évêque Rainier d'Orléans pour lui notifier d'avoir à répondre de sa conduite par devant Hugues de Die & Hugues de Cluny (i). Cet évêque était depuis longtemps accusé de dilapidations sacrilèges au détriment de son église, dont il vendait, paraît-il, les ornements, les calices, & jusqu'aux encensoirs, non pas pour secourir les pauvres, mais pour suffire à ses propres dépenses. L'Eglise d'Orléans voulait élire à sa place un clerc nommé Sanzon, dont Grégoire reconnaissait les bonnes qualités ; mais la justice voulait que Rainier ne fût pas déposé sans avoir été régulièrç-
{i)Epist. lib. V, XX.
ment entendu & convaincu. Aussi cette cause dura-t-elle deux ans. Nous ne rappellerons ici que pour mémoire celle de Manassès de Reims, qui était toujours pendante. Une autre cause fut encore confiée cette même année à Texamen de Hugues de Cluny, conjointement avec l'évêque de Die & deux autres légats envoyés de Rome(i). il s'agissait de maintenir sur le siège de Dol en Bretagne Tévêque Even, abbé de Saint-Melaine de Rennes, contre un compétiteur soutenu par le roi d'Angleterre. Le Conquérant dut, par ordre du Pape, envoyer un représentant pour faire valoir ses arguments contre Even, qui fut cependant reconnu comme pasteur légitime de TÉglise de Dol.
L'année 1078 se passa tout entière pour Hugues au service de l'Église romaine. Celle qui suivit fut moins heureuse pour lui , parce qu'elle vit des dissentiments se faire jour entre lui & certains prélats, & qu'elle lui apporta même de la part du Saint-Père des paroles sévères, qui d'ailleurs n'altérèrent pas la confiance de Grégoire en son fidèle serviteur. Ce fut d'abord l'entrée à Cluny du duc de Bourgogne qui motiva le mécontentement du Pontife romain. Le jeune seigneur avait été touché, avons-nous dit, par l'exemple de Simon de Crespy. Après avoir durant trois ans gouverné le duché de Bourgogne pour le plus grand bien de l'Eglise & de ses sujets (2), il se retira dans le cloître de Cluny, où il vécut saintement pendant douze" années. Son exemple entraîna à son tour le comte Guy de Mâcon , son proche parent, qui vint également déposer son armure de chevalier pour revêtir l'habit monastique. Mais le comte arrivait suivi de trente chevaliers ; ces fidèles entendaient suivre partout leur maître , aux combats du Seigneur aussi bien qu'aux batailles du siècle. C'était ainsi que la chevalerie comprenait la fidélité; certes, ceux qui en donnaient une preuve si touchante ne pouvaient manquer d'être fidèles aux vœux par lesquels ils se liaient au Seigneur des seigneurs. Dieu leur
(i) Epist. lib. V, XXII.
(2) Àéla SS. O, S. B, ssec. vi, p. ii, p. 373. ^