LES INSIGNES PONTIFICAUX. — CONSTRUCTIONS CLUNISIENNES
U mois de mars 1088, réleftion des cardinaux réunis à Terracine portait sur le siège de saint Pierre le cardinal Odon, évêque d'Ostie, un de ceux que saint Grégoire VII avait désignés au choix des fidèles qui entouraient son lit d'agonie, celui enfin que le bienheureux Viftor III avait présenté aux cardinaux avant de mourir. C'était donc un héritage plusieurs fois sacré que recevait celui qui jadis avait été disciple de l'abbé de Cluny. Le nouveau Pontife, qui prenait le nom d'Urbain II, notifia sans retard son éleftion aux princes, aux évêques & aux fidèles, en déclarant sa ferme volonté de marcher sur les traces de saint Grégoire VII. Au rang des personnages illustres de la chrétienté, il ne manqua pas de mettre son ancien abbé, auquel il écrivit dès le lendemain la lettre suivante ( 1 ) :
« Urbain, Evêque, Serviteur des serviteurs de Dieu, au « révérendissime abbé Hugues de Cluny, & à tout son mo- <c nastère, salut & bénédiftion apostolique.
(1) Annal. Bened, t. V, p. 234. — Baluze, Miscellanea, t. VI.
« Nous savons combien votre sainteté est désireuse de « voir exalter la sainte Eglise romaine ; Nous prenons donc « soin de vous faire savoir en détail ce qui s'est passé à « Notre sujet. Apprenez qu'à Terracine en Campanie se « sont réunis les évêques & les cardinaux de la sainte Eglise « romaine, à savoir ceux de Porto, de Sabine, de Tuscu- « lum, d'Albano, & de Segni, avec seize autres évêques, « quatre abbés, & beaucoup de religieux. L'évêque de Porto « se disait le mandataire de tous les clercs de Rome atta- « chés à la cause catholique. Le cardinal abbé du Mont- « Cassin(i), de Tordre des diacres, se présentait au nom « de tous les diacres ; le cardinal du titre de Saint-Clé- « ment (2), au nom de tous les cardinaux. Le préfet de « Rome enfin se portait comme le délégué de tous les « laïques. Après un jeûne de trois jours, & d'ardentes prières « adressées à Dieu, ils m'ont élu, malgré mon indignité, le « IV des ides de mars (3). Si j'ai donné mon consentement « à cette élection , Dieu m'est témoin que ce n'est pas par « ambition ; mais j'ai craint de ne pas écouter la voix de si « grands personnages. J'ai craint d'offenser Dieu en refusant « de secourir l'Eglise dans les dangers qu'elle court en ces « temps malheureux. Surtout on m'a donné pour certain « que mes prédécesseurs Grégoire & Viâor en avaient ainsi « formellement ordonné. Je t'en prie donc, père tant regret- « té, si tu as toujours le même cœur, si tu te souviens de « celui qui fut ton fils & ton disciple, rends-toi à mes ar- « dents désirs, & viens me consoler par ta présence. Viens « visiter cette Eglise romaine , qui est ta mère ; viens « s'il t'est possible, viens, elle te désire. Mais si cela n'est « pas en ton pouvoir, envoie-moi quelques-uns de tes fils, « mes confrères. En eux je te reverrai, je te recevrai. De « leur bouche je recueillerai tes paroles ; & quelle consola- « tion ce sera pour moi, au milieu de tribulations épouvan-
(1) Odcrisio.
(2) Rainier, jadis moine de Cluny, créé cardinal par saint Grégoire VU.
(3) 12 mars.