CHAPITRE XXI
« tables ! En eux je retrouverai ta charité , ton aflFeftion ; ils « me diront comment tu vas , comment va tout le monas- « tère. Dis à tous mes frères de prier Dieu avec ardeur, afin « que sa clémence ramène son Église à son ancienne gloire « après tant de dangers. Mais rappelle-toi que c'est toi-même « qui es spécialement tenu à ce devoir, que c'est sur toi « que Nous comptons surtout. Adieu. »
La situation seule du Pape en Italie aurait suffi à y appeler Tabbé de Cluny, s'il lui eût été possible de passer les monts. La position pleine d'angoisses faite au bienheureux Viftor III restait le lot de son successeur, réduit à combattre dans Rome, ou à s'enfuir au péril de sa vie. Néanmoins Urbain II acceptait tout, & se mettait à la peine avec un courage & un héroïsme qui lui ont mérité un culte dans l'Église. La question des investitures, & par suite celle de la simonie, étaient jugées depuis la mort de saint Grégoire VII ; te glorieux Pontife avait vaincu en mourant. C'est qu'en effet, pour l'Eglise, toute sentence prononcée, toute vérité affirmée, est déjà la viftoire, quelles que soient les secousses qui puissent ensuite se produire. Aussi l'aftion du nouveau Pape diffèrera-t-elle à première vue de celle qu'exerçait naguère le héros d'une lutte engagée depuis trentecinq années. Mais en réalité, pour qui sait observer de près & saisir la raison des faits , Urbain continuera Grégoire , & ne fera autre chose que ce que Grégoire eût fait à sa place. Les conciles que le Pontife nouveau tiendra ne concentreront plus toute leur énergie sur un point à peu près unique , désormais décidé. Ils s'en occuperont longtemps encore, parce que la résistance des princes criminels, les déchirements & les ruines du schisme n'auront pas cessé, loin de là. Mais ils auront la possibilité de porter aussi leur attention sur l'ensemble de la discipline ecclésiastique, fatalement ébranlée dans toutes ses parties par le choc terrible qu'avaient subi les fondements mêmes de l'Eglise. Saint Grégoire VII y avait pourvu par sa correspondance avec ses légats ; le bienheureux Urbain H le fera davantage par les conciles. Enfin, la grande idée que saint Grégoire VII avait mise en circulation, que le
bienheureux Viftor III avait commencé à mettre en pratique, ridée de la croisade , en un mot , réclamera aussi une large part dans les sollicitudes incessantes du nouveau Pontife.
Urbain II était encore à Terracine lorsqu'il vit arriver auprès de lui un ancien ami de Cluny, ce Bernard dont nous avons déjà tant de fois prononcé le nom. Le jour même où mourait saint Grégoire VII, Alphonse VI était entré vainqueur à Tolède, & Bernard, déjà précédemment abbé de Sahagun, avait été fait archevêque de la capitale nouvellement conquise. Il venait aujourd'hui auprès du Pape, lui demander le pallium, suivant les règles canoniques, & traiter en même temps des moyens de terminer enfin la grande & longue crise liturgique dont l'Espagne était agitée. Il était passé à Cluny, & le saint abbé lui avait remis pour le Pontife une lettre, dans laquelle il répondait sans doute à celle d'Urbain II, en ajoutant ses instances à celles du roi d'Espagne pour que l'antique droit primatial de Tolède fût restauré entre les mains de Bernard. Le Souverain Pontife y consentit , & adjoignit au nouveau primat le cardinal Rainier, du titre de Saint-Clément, moine clunisien lui aussi, qui, de concert avec Bernard de Tolède, fut assez heureux pour consommer l'œuvre de la réforme liturgique. Urbain II avait informé l'abbé de Cluny de la décision prise à l'égard de Bernard par la lettre suivante :
« Nous avons reçu avec respeft Notre vénérable frère , « le pontife de l'Église de Tolède , aussi bien en considération « de la requête que ta charité Nous présentait, que par hon- « neur pour cette Église. Le voyant venir comme il le devait, « simplement & dévotieusement, aux pieds du trône apos- « tolique & de cette Église romaine, reine & mère de toutes « les Églises , Nous lui avons rendu de grand cœur, comme « tu Nous le demandais, les antiques privilèges de son « siège. . . Nous l'avons constitué primat de toutes les « Eglises d'Espagne, & tout ce que ta charité Nous a de- « mandé pour lui, Nous le lui avons donné, avec le pallium- « A toi de répondre à Notre afiTeftion , en Nous aidant fidè- «lement, Nous & l'Église romaine. Car Nous t'aimons