CHAPITRE XXI
des mœurs chrétiennes. Or, parmi les monastères qui eurent un grand rôle en cette restauration , Cluny marqua plus que tout autre. Aussi, plus que celle d'autres abbayes illustres, son œuvre morale fut-elle vraiment rendue visible par les nombreuses constructions dues aux moines clunisiens. Ils ne manquèrent pas d'y empreindre le cachet qui était précisément celui de leur influence dans la société. Là où ils s'établissaient, ils apportaient avec eux la liberté des enfants de Dieu fondée sur la foi : leur architecture fut forte & claire comme leur foi, noble & grave comme la liberté chrétienne. La construction de la vaste basilique & des autres édifices commencés bientôt après à Cluny, donna nécessairement une grande impulsion à l'école architecturale de la grande abbaye. Ce mot d'école, nous ne l'entendons toutefois que dans le sens d'une éducation morale, non dans celui de procédés particuliers. Car la question est débattue entre les savants : y a-t-il eu, oui ou non, une architecture clunisienne, née proprement & uniquement dans la célèbre abbaye, abstraction faite des procédés en vigueur avant elle & autour d'elle? Nous venons de dire que certains caractères généraux, dont la raison d'être doit être cherchée dans les doCtrines, sont empreints sur les œuvres qui ressentirent l'influence de Quny. Mais cela n'exclut nullement l'emploi de méthodes très diverses quant aux plans , aux matériaux , à la construction, à l'ornementation, selon les diverses régions où les moines architectes de Cluny avaient à travailler. Entrer en controverse sur ce point serait sortir complètement de notre sujet , puisqu'il est certain que saint Hugues n'a jamais formulé de prescriptions à cet égard. Nous y restons tout à fait, au contraire, en constatant dans les œuvres clunisiennes une physionomie générale qui ne peut s'expliquer autrement que par un fonds de doCtrines communes. La liberté même dont les moines font preuve dans leurs édifices en est une preuve incontestable. Or ces doCtrines, c'était de leur saint abbé qu'ils les tenaient. Il était de la race des patriarches dont on lit en l'Ecriture « qu'ils avaient l'amour du beau & faisaient