CHAPITRE XXI
laconiquement de « cornes in Anglia »(i). Il est probable qu'il s'agit de Roger Bigot, le fondateur du prieuré de Thetford, qui eut beaucoup de liens avec Cluny.
Le chapitre n'avait pas besoin d'être aussi grand ; il fut élevé sur un plan moins vaste (2), & orné aussi de peintures. Les ateliers & autres bâtiments de service reçurent de même un aménagement nouveau, nécessité d'ailleurs par toutes les constructions tant de l'église que des édifices conventuels. C'étaient en effet les moines eux-mêmes qui faisaient la plus grande part des travaux, bien qu'aidés par les serfs de l'abbaye & les habitants de Cluny ; & il est évident que les ateliers avaient besoin d'être singulièrement agrandis pour suffire à une entreprise aussi considérable.
Enfin l'abbé de Cluny fit reconstruire le mur d'enceinte du monastère (3). Mais son aftivité ne se bornait pas à sa propre maison. Les habitations qui s'étaient successivement groupées sur la colline en face de l'abbaye avaient fini par former un véritable bourg, au sens que ce mot avait au XI* siècle. Nous avons signalé cet accroissement à une époque déjà éloignée de vingt-cinq ans. Depuis lors, les choses avaient encore marché. Maintenant Cluny comptait trois églises, celle de Saint -Maïeul, dont nous avons longuement parlé, puis celles de Notre-Dame & de Saint-Odon. Celle de Notre- Dame, située à peu près au centre du bourg, était, sans aucun doute, la plus ancienne paroisse de Cluny, qui comptait déjà une chapelle de ce nom lorsque le bienheureux Bernon fonda le monastère (4). Hugues la fit reconstruire (5), & elle prit le nom de Notre-Dame des Panneaux, « parce qu'on y ^ renfermait autrefois les mesures destinées à la vente des <c grains, & celles qui devaient former & régler la grosseur & « le poids des pains, pour servir aux boulangers de la ville. »
{1) Ph. Bouché, W part. p. 68 : « Rcfeâorium a Rogerio comité in Anglia. y>
(2) Descript. de Cluny {ms, Solesm.).
(5) Gilon, hc. cit,
(4) V. ci-dessus, page 136.
(5) Penjon, Cluny, p. 25.
En 1792, « on y voyait encore, sur la droite en entrant par la « grande porte, immédiatement derrière le battant du même « côté, la mesure pour le froment; on l'appelait parmi les « marchands mesure de Cluny . . . Elle était en pierre, placée « sur un piédestal aussi en pierre, haut d'environ deux pieds « & demi. On remarquait jusqu'aux modèles des barreaux « & des thuiles empreints & gravés sur le mur intérieur de « l'église (i). »
Mais Cluny s'étant étendu au delà de la Grosne, Hugues fonda, pour le faubourg situé par delà la rivière, l'église de Saint-Odon , remplacée au XII^ siècle par celle de Saint-Marcel (2). D'autres constructions, consacrées à des usages divers , furent élevées aussi par le travail des moines (3) , dont on retrouve encore aujourd'hui les traces jusque dans les entrailles du sol du vieux Cluny. Tant fut aftif, en c^ dernières années du XI* siècle, le renouvellement dont la fondation de la basilique avait donné le signal. Dès longtemps, les Clunisiens avaient compté dans leurs rangs des architectes nombreux & habiles. C'était d'ailleurs, en général, un art familier aux moines, surtout dans les monastères qui exerçaient une influence de rénovation dans la société religieuse & civile du XI* siècle. Les monastères & les églises qui leur étaient remis à cause de leur décadence morale, avaient le plus souvent besoin d'être aussi renouvelés matériellement. L'incurie dans le domaine spirituel entraîne toujours comme son expression nécessaire l'incurie dans les choses matérielles ; & réciproquement, là où les âmes étaient formées à une discipline forte, qui mettait en elles l'ordre, la vigueur & la clarté, on voyait nécessairement ces qualités se traduire dans leurs oeuvres. L'architefture, dans laquelle l'Eglise aime à voir une image des opérations de la grâce divine édifiant la céleste Jérusalem, l'architefture devait être, comme elle le fut en effet, l'art privilégié des restaurateurs
(i) Ph. Bouché, II* part, p. 81.
(2) BibL Cluniac, col. 515. — Penjon, Cluny, p. 32.
(3) Penjon, p. 56.