‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 201 sur 322 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

DONS SURNATURELS DE L'aBBÉ HUGUES DE CLUNY,

OUS signalions tout à Theure le rapport qui existait entre l'œuvre royale que notre saint entreprenait en 1 088 , & rédifice spirituel qu'il élevait dans le domaine des âmes à la gloire du Seigneur. Après avoir montré les beautés du temple matériel construit par le grand abbé, il nous faut mettre en lumière les richesses que Dieu avait accumulées dans ce temple vivant de sa grâce.

Les oeuvres multiples auxquelles la Providence divine avait appliqué l'abbé de Cluny, avaient été pour Dieu à la fois un moyen de sanftifier le monde, & de faire grandir son serviteur dans la sainteté, Rainald de Vézelay, qui n'a pu connaître Hugues que dans les années de la vieillesse, nous le dépeint comme irrépréhensible dans toute sa vie extérieure ; le port, la démarche, le geste, la parole, tout en lui avait cette mesure & cette harmonie qui dénotent la pondération parfaite des facultés de l'âme, la présence de cette sagesse dont toutes les voies sont belles, empreintes de grâce

& de paix(i). Une mortification toujours exafte & rigoureuse, jointe aux mille fatigues d'un gouvernement si laborieux & si étendu, laissait dans cette âme le champ libre aux opérations divines. C'était tout profit pour Hugues luimême, & aussi pour ses fils. Gilon ne tarit pas en éloges sur la prudence avec laquelle le saint abbé savait manier tant d'âmes que lui confiait le Seigneur, & dont les intérêts demeuraient toujours le principal objet de ses sollicitudes. Il en parlait à Dieu dans l'oraison (2), & c'est là qu'il trouvait lumière pour donner à chacune de ses brebis le pâturage qui lui convenait; c'est là qu'il recevait les dons qui lui venaient puissamment en aide pour l'accomplissement d'une tâche aussi ardue. Un de ceux qui le caraftérisent désormais est le don de prophétie. Dans le grand nombre de nouveaux venus qui se présentaient pour entrer à Cluny, Hugues discernait tout de suite ceux qui venaient dans un bon esprit, ceux qui étaient guidés par une vocation plus ou moins vraie. Le fond des coeurs lui était souvent révélé. 11 reçut une fois à Cluny comme novice un certain Maingold; mais il différa longtemps pour celui-ci le jour de la profession, & fit durer l'épreuve bien au delà du terme fixé d'abord. Maingold supportait ce délai avec peine, & en vint à méditer sérieusement sur les moyens de quitter le monastère. Mais un jour, Hugues interpelle son novice, &, sans préambule, se met à lui dire tout au long le détail des préoccupations qui agitent son cœur. Confondu d'abord, & bientôt repentant, Maingold promet d'être désormais patient; & il finit en effet par être admis à la profession monastique.

Arrivant un jour à La Charité-sur-Loire, le seigneur abbé embrassait joyeusement tous les religieux du monastère, qui se pressaient autour de lui. A son tour certain novice se présente pour recevoir l'accolade paternelle; mais Hugues recule vivement & détourne la tête avec un mouvement de répulsion. L'étonnement est général parmi les frères; bientôt ils

(i) Prov. 111, 17. Eccli. XXIX, 25.

(2) Gilon, fol. 217 r.

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