SECOND VOYAGE EN ESPAGNE. — CONCILE D'AUTUN
I Hugues de Cluny ne trouvait pas un Eadmer parmi ses moines, n'était-ce pas que Taftivité de sa vie décourageait leur bonne volonté? A la date où nous sommes arrivés , le voici qui suit presque simultanément plusieurs aflfaires, dont quelquesunes fort épineuses. D'une part il lui faut combattre contre le fils d'Isembert de Châtelaillon , qui, infidèle aux exemples de son père, met la main sur Tîle d'Aix & sur tous les biens naguère donnés au prieuré de Saint- Martin. Dans ces coupables entreprises, le jeune seigneur est soutenu par le nouveau duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, Guillaume IX, aussi jeune que lui, & qui commence à se faire la plus triste réputation. Au moins, en cette affaire, Tabbé de Cluny trouva-t-il la consolation de se lier avec le nouvel abbé de la Sainte-Trinité de Vendôme, Geoffroy, dont les possessions n'étaient pas plus respectées que celles de Cluny. Ce fut le point de départ d'une amitié fidèle, qui fut plus forte que la mort dans le coeur de Geoffroy. D'un autre côté, Hugues avait à réprimer une triste rébellion pro-
voquée dans la florissante abbaye de Moissac par un intrus, nommé Hunald, neveu de Tabbé du même nom que nous avons plusieurs fois mentionné, & auquel Hugues avait voué une aflfeftion sincère. L'abbé de Cluny réussit, avec l'appui du Saint-Siège, à maintenir son droit de nomination au siège abbatial de Moissac ; & cinq ans après, tout était rentré dans l'ordre au sein de ce beau monastère. Nous glissons forcément sur ces divers incidents, comme sur d'autres qui n'offrent pas un intérêt spécial (i), pour signaler maintenant deux faits plus considérables.
En 1090, l'abbé de Cluny, malgré son grand âge, entreprenait encore une fois le voyage d'Espagne. L'histoire ne nous dit pas quel fut le motif de cette résolution ; mais nous devons remarquer que ce voyage coïncide avec l'époque à laquelle se trancha définitivement la question liturgique en Espagne, par les soins du primat de Tolède & du cardinal Rainier. Après tout ce que nous avons dit du rôle joué par l'abbé de Cluny en cette grave & longue affaire, il nous est bien permis de croire que son voyage était en partie motivé par cette circonstance décisive. De plus, nous savons qu'en cette même année le comte Raymond de Bourgogne se préparait pour une expédition en Espagne (2), analogue à celle que dix ans plutôt avait dirigée le comte de Roucy & à laquelle l'abbé de Cluny avait été chargé de préparer les voies. Il n'est pas impossible qu'il en ait été de même cette fois encore. Quoi qu'il en soit, nous voyons notre saint se mettre en route vers le commencement du carême. A la fin de février il était à Cahors, où il concourait au développement de l'oeuvre commencée par lui trente ans plutôt, en sa qualité de légat du Pape Nicolas II ; nous voulons parler de la restauration de la vie commune parmi les clercs, au moins pour les chanoines des cathédrales. Aujourd'hui, c'était l'évêque Géraud de Cahors, qui suivait l'exemple donné jadis par Isarn de Lavaur,
(1) V. Baluze, Miscelî, t. VI, p. 402 ; & Mabillon, Annal, ann. 1088-1094.
(2) D'Achery, SpiciL fol. t. 111, p. 417.