CHAPITRE XXIII
archevêque de Toulouse. II voulait, disait-il en son diplôme, laisser derrière lui au moins une œuvre qui lui méritât miséricorde au tribunal de Dieu ; & il n'en voyait pas de meilleure que de rétablir dans son église les règles de la vie canoniale. Il n'épargna donc ni ses soins ni ses peines pour y arriver; enfin il put doter son chapitre cathédral, composé de trente membres. 11 nous apprend lui-même qu'il s'aida, pour régler toutes choses, des conseils de l'abbé Hugues de Cluny, alors de passage à Cahors(i). Celui-ci continua ensuite sa route, & célébra les fêtes de Pâques à Burgos, où il trouva le roi de Castille entouré des évêques & des grands de son royaume. C'est. un diplôme du roi Alphonse luimême qui nous l'apprend (2). Pour cet afte en eflFet il demanda l'assentiment des dignitaires ecclésiastiques & laïques, aussi bien que celui de la reine ; car il s'agissait de constituer le royaume de Castille tributaire de Cluny pour deux mille pièces d'or par an, & à perpétuité. De plus, Alphonse sollicita & obtint de l'abbé Hugues la même faveur que celui-ci avait accordée à son père Ferdinand I**", & depuis au roi d'Angleterre, c'est à dire le droit de société avec les Clunisiens. En outre, le vénérable abbé s'engageait à instituer des prières annuelles pour le prince & sa famille, & à rendre à ce sujet une ordonnance obligeant tous ses successeurs. Cette promesse fut accomplie par Hugues avant de mourir (3). Dans Tafte qu'il fit dresser pour établir à jamais cette reconnaissance officielle, il régla que le roi Alphonse aurait part à toutes les bonnes œuvres faites à Cluny & dans tous
(i) Ihid, p. 415.
(2) Baluze, Miscelî, t. III, p. 44; ap. Migne, CLIX, col. 973.
(3) Un mot de la charte dressée par saint Hugues à ce sujet prouve qu'au moment où elle fut dressée , la basilique était au moins à peu près achevée : « quem ipse de propriis facultatibus construxisse videtur. » Comme cet achèvement fut complet en 1 108, & que d'ailleurs Alphonse VI mourut seulement le 1" juillet 1 108, le diplôme peut encore parler de lui comme vivant en l'année 1 106-1 108. C'est vers cette date que nous en fixerions la rédaftion. V. le texte : D'Achery, SpiciU fol. t. III, p. 408 ; ou in-4, t. VI, p. 447 ; Baluze, MisceîU t. VI, p. 476.
les monastères soumis à l'abbaye, tant avant qu'après sa mort. C'était là ce que voulait l'union de société fraternelle accordée à Burgos. Mais de plus, à raison des bienfaits qui mettaient le prince au-dessus de tous ceux qui avaient jamais aidé Cluny de leur puissance , on devait, tant qu'il vivrait, chanter quotidiennement pour lui, avant la messe & après tierce , le psaume Exaudiat, & ajouter à la messe une collefte spéciale à son intention. Le jeudi saint, on laverait les pieds à trente pauvres, & le jour de Pâques le chambrier en devrait nourrir cent, toujours à la même intention. La portion du roi serait servie chaque jour à une place du réfeftoire, comme s'il y était présent, & serait ensuite donnée à un pauvre du Christ, pour le salut éternel du roi de Castille. Enfin, un des autels principaux serait désigné, dans la nouvelle basilique, dont Alphonse avait payé la plus grande partie, & une partie des fruits des messes dites à cet autel devrait toujours lui être appliquée. Après sa mort, une messe serait dite à ce même autel chaque jour, l'année entière, pour le repos de son âme, sans préjudice de la messe, de l'office, & des aumônes que les Clunisiens lui devraient comme à un confrère. L'anniversaire du roi de Castille serait en outre célébré chaque année avec la même solennité que déjà celui de l'empereur Henri 111. Enfin, l'abbé de Cluny décidait que la reine aurait part à tout ce qui serait fait ainsi pour le roi Alphonse, & que son anniversaire serait célébré comme celui de l'impératrice Agnès. C'était un beau monument de reconnaissance que l'abbé de Cluny laissait ainsi derrière lui ; & quiconque pèsera la valeur de chacune de ces prescriptions trouvera sans doute que ni le saint ni ses moines n'étaient plus en reste avec Alphonse VI, qui leur avait premièrement dû sa couronne terrestre.
Un autre monarque vint bientôt réclamer une part des sollicitudes de l'abbé de Cluny, mais hélas! dans un tout autre sens. Cette fois, c'était le roi de France, Philippe 1", qui donnait à son royaume & à la chrétienté le scandaleux speftacle des plus honteux désordres. Après avoir relégué la reine Berthe au monastère de Montreuil-sur-mer, il venait