CHAPITRE XXin
que le concile avait été principalement réuni. Le divorce & Tadultère couronnés y furent à leur tour frappés de Texcommunication, qui vint enfin venger les droits de la morale. Puis la simonie, l'incontinence des clercs, furent encore une fois condamnées. Tous ces désordres se tenaient entre eux par des liens intimes ; & les pères du concile agirent contre tous avec la même vigueur (i).
Des causes d'un ordre moins général & moins élevé les occupèrent ensuite. De ce nombre fut une revendication élevée contre Cluny par l'abbé Eustache de Saint-Père de Chartres, qui accusait les Clunisiens d'avoir enlevé à son monastère le prieuré de Nogent-le-Rotrou . C'était un peu tard s'en aviser, puisque Saint-Denys de Nogent était au pouvoir de Cluny depuis onze ans déjà. 11 est vrai qu'Eustache avait fait une première réclamation auprès de l'évêque de Chartres, qui l'avait débouté de ses prétentions. Mais l'abbé de Saint-Père se montrait particulièrement mal inspiré en portant cette cause devant le concile d'Autun. Non seulement il y trouva un député du comte Geoffroy du Perche, qui avait lui-même donné ce prieuré aux Clunisiens, & faisait certifier maintenant la vérité par-devant le concile ; mais de plus, le légat Hugues de Lyon, qui. présidait l'assemblée d'Autun , avait aussi présidé avec Hugues de Cluny le concile de Meaux, où donation de Nogent avait été faite aux Clunisiens. Le légat se rappelait parfaitement tout ce que le député du comte expliquait aux pères du concile. Aussi Hugues de Cluny n'ouvrit-il pas la bouche, se contentant de laisser sa partie courir au devant d'un échec, qui ne lui manqua pas.
Le concile d'Autun fut l'événement capital de cette année 1094 ; il porta le feu à la plaie qui faisait la honte du royaume de France & la désolation de l'Eglise, & ainsi commença la guérison du malade, qui résista pourtant bien des années encore. Cette œuvre de salut était due surtout aux instances de l'abbé de Cluny auprès de l'archevêque légat ; un
(i) Labbe, Cancil, t. X, col. 500.
jour, nous aurons à nous le rappeler. D'autres événements de moindre importance marquèrent encore cette même année pour Cluny. Ainsi, une donation que Farchevêque de Lyon fit de l'église de Saint-Didier en Bresse , & de la chapelle de Saint-Paul sous les murs du château de Riothier, dans ce même pays(i). Puis ce sont des seigneurs de Montpensier & de la Tour-d'Auvergne qui viennent demander l'habit monastique (2). Enfin , l'abbé de Cluny suivait de loin la lutte que soutenait l'abbé de Saint-Martial de Limoges pour maintenir intafts ses droits dans Téleftion de l'évêque du diocèse. 11 y eut là à!t% luttes armées, dans lesquelles l'abbé de Saint- Martial risqua sa vie en se portant comme pacificateur ; il y eut falsification de bulle pontificale; il fallut qu'Urbain 11 lui-même découvrît la fraude & la punît, pour que les droits de l'abbé pussent de nouveau s'exercer (3). Hugues de Cluny n'eut pas à agir directement ; mais cependant une lettre du bienheureux Urbain II nous montre que son influence intervint & que son nom fut mêlé à la conclusion de cette épineuse affaire (4).
Mais tout s'effaça devant la nouvelle qui arrivait d'Italie. Le Pape quittait Rome , &, au commencement de l'année 1095, se disposait à passer en France. Au mois de mars, il se trouvait à Plaisance, où se tenait un important concile. Les graves événements de France & de Germanie, le divorce
(i) C'est ici qu'il faut probablement placer l'épisode que nous avons dû raconter plus tôt, polir nous plier aux exigences du récit, & dans lequel nous avons vu le seigneur de Riothier puni des ravages causés par lui sur les terres de la Celle-Chaveyriat. — V. le texte de cette donation dans Baluze, MtsceîL t. VI, p. 473.
(2) A propos des deux frères de Montpensier & de la donation faite par eux d'une maison sise à Thiers, au diocèse de Clermont, les Annales BenediBini{X. V, p. 313, ann. 1094, n. c) disent que ce fut l'origine de l'abbaye de Thiers. Il y a là évidemment une erreur, puisque les Annales eux-mêmes rapportent à l'année 1076 (n. cxiv) un ade où figure <« Hugues abbé de Thiers. » Cette abbaye existait donc avant 1094.
(3) V. Pignot, Hist, de V Ordre de Cluny, t. II, p. 214-216, où cet épisode est raconté au long.
(4) Jaffé, Regest, n. 4220, 4252.