CHAPITRE XXV
nous met en mesure de connaître au moins les principales possessions que le monastère avait alors du Rhône à TOcéan, des Pyrénées à la Loire, & même jusqu'aux rives de la Seine, au diocèse de Rouen. Quelques mois à peine après avoir reçu cette marque glorieuse de la faveur apostolique, Marcigny se voyait naître une sœur. Ce n'était pas un monastère soumis à Cluny ; mais du moment qu'il vivait en parfaite communauté d'observance & d'esprit, il réalisait pleinement la fraternité bénédiftine, telle qu'aucune aggrégation artificielle ne la saurait produire. C'était l'abbaye d'Afflighem, au pays flamand, qui donnait en 1096 naissance à ce nouveau monastère. Le saint abbé Fulgence la gouvernait alors, & la modelait sur l'observance clunisienne. Or, au moment où les barons commencèrent de tous côtés à faire leurs préparatifs pour l'expédition de Terre-Sainte, un chevalier flamand, nomrhé Giselbert, voulut donner à l'abbé d'Afflighem un domaine situé près d'Alost; il désirait que là s'élevât, en l'honneur de la Vierge Marie, un monastère où sa mère Oda & sa fille Luitgarde serviraient Dieu, sous la règle de saint Benoît & la conduite du pieux abbé. Son désir fut exaucé. L'abbé Fulgence bâtit le monastère, & lui donna d'une manière expresse les règles que Hugues de Cluny avait données à ses filles de Marcigny. Des moines d'Afflighem, sages & expérimentés, furent constitués auprès du prieuré d'Alost, pour y remplir les mêmes offices que les moines clunisiens à Marcigny. La clôture y fut aussi étroite ; en un mot, tout y fut établi sur le modèle du prieuré des moniales clunisiennes. Giselbert partit donc pour la Terre- Sainte, confiant dans les prières qui monteraient pour lui vers le ciel de cette terre consacrée à Marie, heureux d'avoir remis ce qu'il avait de plus cher en ce monde sous la proteftion de la Mère de toute consolation. Peu après son départ, cependant, des circonstances matérielles obligèrent l'abbé d'Afflighem à déplacer le monastère à peine fondé, qui fut alors transféré dans le diocèse de Cambrai, en un lieu nommé Vorst. Dame Bertilde fut la première prieure de ce nouveau moutier, & le gouverna pendant plus de trente ans(i).
(i) Annal, Bened, lib. LXIX, n. xlvii, ann. 1096.