CHAPITRE XXVI
AFFAIRE DE SOUVIGNY. — BIENFAITS D'URBAIN H. LES CLUNISIENS EN PALESTINE,
N quittant Saint-Flour, le Souverain Pontife se dirigea vers Limoges, pour remonter ensuite à Touest. H commençait ainsi un voyage triomphal , qui devait le conduire à Tours, où il avait indiqué pour 1096 un second concile.
Hugues de Cluny ne' pouvait le suivre dans ce long parcours. Il dut revenir vers Souvigny, où le litige soulevé par l'obstination d'Archambaud de Bourbon réclamait une solution. L'archevêque de Bourges & Tévêque du Puy s'y rendirent également pour juger l'affaire, selon que le Pape en avait ordonné. Archambaud se présenta donc au plaid , accompagné de nombreux seigneurs ses vassaux, qu'il pensait devoir témoigner en sa faveur, dans le sens de la légitimité des coutumes abusives introduites par son père. Mais il en advint tout autrement. Les questions controversées portaient sur les points suivants : Archambaud IV tenait-il de ses prédécesseurs le droit de saisir sur le territoire de Souvigny un homme quel qu'il fût, indigène ou étranger,
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marchand ou voyageur, même un serf qui lui appartiendrait? Pouvait-il saisir, sinon les personnes, au moins les biens ? La justice appartenait-elle au prieur ou au doyen de Souvigny, sur toute personne qui se trouverait, même en passant, sur ce territoire, à la seule réserve des serviteurs du comte? Pouvait-on en appeler au comte de manière à suspendre le jugement du prieur ? Celui-ci avait-il le droit d'infliger des peines, sauf celles de la mutilation & de la mort, les sentences de ce genre étant laissées aux seigneurs laïques ? Le débat s'engagea sur tous ces points , qui , on le voit, constituaient précisément une législation identique à celle que nous avons constatée à Cluny. Celle de Souvigny remontait-elle donc plus haut même qu'Archambaud IV? Les moines l'assuraient, le jeune comte le niait. Enfin lui-même en appela au témoignage des fidèles qu'il avait amenés. Mais ce fut pour son malheur. Devant la gravité du serment, le sénéchal de Bourbon & les autres n'écoutèrent que leur conscience, & déclarèrent que jamais Archambaud IV n'avait reçu de son père le droit d'enfreindre les prérogatives réclamées par les moines. Ils citèrent même à l'appui des faits concluants. Ce témoignage, à coup sûr désintéressé, jugeait la cause. La coutume ainsi affirmée avait force de loi à cette époque, & c'était toujours ainsi que le plaid amenait une solution. Archambaud de Bourbon s'inclina. Il avait contre lui la sentence pontificale, la loi même de son pays & de ses pères. 11 vint donc s'agenouiller devant l'abbé de Cluny, & lui remit un gage, pour signifier qu'il se désaisissalt entre les mains du seigneur abbé de toutes les coutumes ainsi condamnées ; Hugues à son tour déposa le gage entre les mains de l'évêque du Puy. Le lendemain, nouvelle entrevue, dans laquelle Archambaud, toujours agenouillé, déclare renoncer sur le territoire de Souvigny à tous les droits usurpés , & même à y faire vendre quoi que ce soit ; de cette dernière renonciation, qui constituait une cession volontaire, il donna le signe en plaçant la crosse abbatiale dans la main du seigneur abbé ; il en reçut à son tour l'investiture d'une partie du même territoire, que les précédents comtes de Bourbon avaient ainsi