‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 264 sur 322 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Non seulement il n'a point une préférence toute systématique pour les prieurés, mais nous allons voir maintenant qu'il élargit ses vues bien au delà de Thorizon précédemment ouvert aux abbés de Cluny. En ce qui touche les anciennes abbayes réduites en prieurés, notons un trait qui a échappé à tous les historiens, & qui est pourtant certain d'après les textes les plus positifs. Il est caraftéristique de saint Hugues. Nous voulons parler des abbayes qui devenaient prieurés en s'adjoignant au monastère de Cluny, mais auxquelles Hugues conservait au moins un pro-abbé ou prieur-abbé. Il est certain en eflfet qu'il en fut ainsi pour plusieurs de ces monastères. VOrdo Cluniacensis de Bernard nous parle en termes exprès de ces prieurés qui sunt cum abbate(\). Ceux-ci jouissent de certains droits que n'ont pas tous les autres. Et l'histoire vient éclairer ce texte, si précis par lui-même. Par exemple, le prieuré de Puntido, au diocèse de Milan jadis, & aujourd'hui de Bergame, eut des abbés jusqu'au temps de la congrégation de Sainte-Justine (2). En 1095, nous y voyons mourir l'abbé Albert. Cependant Pierre le Vénérable en ses lettres le qualifie de prieur (3). Saint-Eutrope de Saintes est aussi qualifié de prieuré clunisien. Nous avons même une charte de l'abbaye de Montierneuf, où Gérard de Saint-Eutrope est qualifié prieur de ce monastère, comme au GaUia Cbristiana{4). Or, nous voyons que le successeur de ce prieur Gérard, Ponce II , élu en 1 1 10, est qualifié d'abbé par l'évêque de Saintes, Pierre de Soubise(5). Le prieuré de Coinci , fondé par le comte Thibaut de Champagne , est de même qualifié abbatiola, onze ans après sa fondation, dans une charte épiscopale(6). Les prieurés de Payerne, au diocèse de Lausanne, & ceux d'Arles-sur-Tech & de Camprodon, dans les provinces pyrénéennes, devaient jouir

(i) P. I, cap. XVI.

(2) Annah Bened, t. V, p. 322.

(3) Baluze, MiscelL t. VI, p. 500.

(4) T. II, col. 1095. — Voir Colleél. Moreau. t. XL, p. 25.

(5) CaU. Christ, t. II, col. 1 1 19. Cf. Hist, de YEglise santone, 1. 1, p. 418.

(6) GaU. Christ, t. X, Instrum. col. 99.

de la même faveur. Car, au temps où Tordre de Cluny dut constituer un chapitre général, où les supérieurs des monastères siégèrent au rang que leur assignait leur dignité, les prieurs de ces trois maisons prirent place avant tous les autres, même avant le grand-prieur de Cluny, & immédiatement après les abbés. Cela ne pouvait provenir que de la dignité abbatiale dont ils étaient revêtus, bien que portant seulement le titre de prieurs (i). Il se pourrait enfin que Saint-Orens d'Auch ait été dans le même cas. En eflFet, d'une part il n'est pas nommé au XII-' siècle parmi les prieurés considérés comme dépendances immédiates de Cluny (2); d'autre part nous voyons que Tabbé de Cluny, en prenant possession de ce monastère, laissa la crosse entre les mains de Tabbé qui le gouvernait alors. Car, en 1068, deux ans après l'accession de Saint-Orens à l'abbaye de Cluny, cet abbé se trouvait au concile d'Auch, où il défendait comme abbé les immunités de son monastère (3). Thomassin cite un curieux exemple d'une mesure semblable au XII^ siècle. Il s'agit d'un monastère de chanoines réguliers, qui sollicite de l'évêque la dignité abbatiale pour son prieur, dans le but de lui donner plus d'autorité dans le gouvernement (4). Nul doute que le motif de saint Hugues ne fût le même, lorsqu'il instituait cts prieursabbés. On peut remarquer en eflFet que tous les monastères cités plus haut sont éloignés de la mère-abbaye, & que d'ailleurs ce ne sont pas les plus illustres. Ainsi lorsque le grand abbé réduisait en prieurés de vieilles abbayes alors déchues & démantelées, c'était pour leur communiquer la force de

(i) Pignot, t. Il, p. 320, se réfère à Yepez.

(2) D'Achery, Spicil, fol. t. 111, p. 477.

(3) Gall, Christ, t. I, Ausc. Instrum. col. 171.

(4) Loc. cit. n. IX, p. 854. Seulement Thomassin parait dire, dans le commentaire qu'il fait du texte dont il n'apporte que des extraits, que cette collégiale devint par là même une abbaye. C'est dépasser les termes de la charte, qui vise évidemment la personne du supérieur toute seule, & non pas le monastère. (V. le texte intégral, D'Achery, Spicil, fol. t. III, p. 497.) Au château de Montlhéry, il y avait aussi une collégiale gouvernée par un abbé. {Cartuîaire de Longpont, p. 26.)

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