CHAPITRE XXXll
ONCE de Melgueil , qui après saint Hugues gouverna Cluny durant quelques années avec assez de sagesse, eut au moins le mérite de recueillir les documents relatifs aux vertus & aux miracles de son prédécesseur. Il fit même écrire sa vie. Or, neuf ans après la mort du grand abbé , le pape Gélase II, à peine élu pour succéder à Pascal II, se voyait obligé de fuir la Ville éternelle, & il choisissait Cluny pour son refuge. Mais, arrivé à Mâcon, le Pontife exilé se sentit gravement malade, & demanda avec instances d'être conduit au plus vite à Tabbaye. Son désir était d'y mourir. La cour pontificale atteignit bientôt ce port de salut ; Gélase II fut installé avec sa suite dans Thospice du monastère, &, peu de jours après, il y expirait (29 janvier 11 19). La grande église garda son corps, & le bâtiment où il était mort s'appçla en souvenir de lui « le palais du pape Gélase ». Les cardinaux songèrent alors à Téleftion de son successeur, & ce fut à Cluny même qu'ils élurent,. le 2 février, Guy de Bourgogne, archevêque
de Vienne, qui prit le nom de Calixte II. Bientôt il quittait Tabbaye ; mais, après avoir parcouru la France , il revenait à Cluny, où il célébrait la fête de la Circoncision , r' janvier 1 120. Le Souverain Pontife demeura six jours au monastère. Tout y parlait du grand abbé. Son tombeau était entouré de la vénération universelle ; la grande basilique était son œuvre. Le Pape voulut connaître plus amplement ce saint dont il avait vu lui-même les dernières années & dont il avait constaté l'influence extraordinaire. On mit sous les yeux du Pontife les innombrables témoignages écrits attestant les miracles & les vertus du serviteur de Dieu. Mais le Saint-Père préféra procéder à une enquête nouvelle. Entouré des cardinaux, & siégeant au chapitre de l'abbaye, Calixte II fit comparaître un grand nombre de témoins, qualifiés & dignes de foi, qu'il interrogea sur leurs souvenirs. L'épreuve, on le comprend , était plus délicate que s'il se fût agi de relations écrites. Mais, si elle était favorable, elle présenterait plus de garanties. La précision des témoignages fut telle, qu'elle forma une certitude absolue dans Tesprit du Pontife comme dans celui des cardinaux. Calixte II ordonna donc, « pour la « louange & la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, » de solenniser désormais par un culte liturgique le dies natalis du grand abbé, c'est à dire le jour où il avait quitté ce monde pour naître à la vie de l'éternité. Cluny pouvait maintenant inscrire sur ses diptyques, après les noms de saint Odon, de saint Maïeul & de saint Odilon , celui de saint Hugues ; & la reconnaissance des moines y ajouta le surnom de Grand. Le Pape voulut entourer ce décret d'un éclat particulier. L'enquête avait occupé les jours qui précédaient l'Epiphanie. Le jour même de la fête, le Pape officia solennellement, entouré des cardinaux, de nombreux évêques, de la noblesse de Bourgogne, & de la garde pontificale. Après la fonftion, le Souverain Pontife conféra pour l'avenir aux abbés de Cluny le titre de cardinaux de la sainte Eglise romaine, & lui-même passa au doigt de Ponce l'anneau cardinalice. Dans la journée enfin, il réunit au chapitre toute la communauté. Le lendemain il devait quitter Cluny , & il voulait auparavant se re-