‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 59 sur 322 · CARACTÈRE DE CETTE LÉGATION · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE CETTE LÉGATION

U moment où le Pape mourait, Hildebrand revenait de sa légation en Allemagne; on l'attendait pour Téleftion d'un nouveau Pontife, en vertu de Tordre exprès donné par Etienne X avant de quitter Rome. Arrivé à Florence, Hildebrand apprit l'intrusion de Benoît X en la Ville éternelle. Sans perdre de temps, il fit aussitôt procéder à une élection régulière, & ce fut l'évêque de Florence même qui fut élu. Il prit le nom de Nicolas II. Le successeur d'Etienne X était précisément moine, de l'Ordre de Cluny. L'histoire lui donne pour patrie la Bourgogne transjurane. Peut-être avait-il été moine dans un de ces monastères de Payerne ou de Romain-Moutier, pour lesquels Hugues avait travaillé dix ans auparavant. En tous cas il connaissait l'abbé de Cluny au moins pour l'avoir vu auprès d'Etienne X ; & il savait combien était méritée la confiance dont ce Pape avait donné les preuves. Nous n'avons donc pas lieu d'être surpris de voir Nicolas II retenir auprès de lui Hugues de Cluny, qui le suivit à Sutri, puis à Rome, d'où l'intrus s'était enfui, & où le Pape légitime fut intronisé le

24 janvier 1059. Après Pâques se tint le concile romain, dans lequel Nicolas II, entouré de cent treize évêques & d'un très grand nombre d'abbés, porta le décret, si important & si fécond en conséquences de tous genres, qui remettait désormais aux seuls cardinaux de TÉglise Romaine Téleftion du Souverain Pontife. Nous aurons à revenir sur ce décret, qui servit pour le moment de prétexte au schisme provoqué par le conseil de régence de la Germanie. Le chancelier de Lombardie, Guibert, était l'inspirateur & le mauvais génie de toute cette fatale intrigue. A force de corrompre le texte du décret, il put persuader à l'impératrice Agnès & à son conseil que les droits de l'Empire avaient été méconnus dans l'éleâion du nouveau Pape. D'Allemagne on n'hésita pas à opposer au Pontife légitime un antipape, qui fut Cadaloûs, allemand d'origine, archevêque de Parme, aussitôt acclamé par le clergé corrompu de l'Italie septentrionale. Malgré une révolution de palais, qui arracha pour un moment le jeune roi de Germanie à la faible tutelle de sa mère & aux influences néfastes des schismatiques, le mal subsista en Lombardie. En vain l'Allemagne se déclara contre Cadaloûs, grâce à l'influence de saint Annon de Cologne; l'impératrice se réfugia en Italie, où l'antipape restait puissant. Bientôt Annon était écarté de la direction des affaires, tandis que le jeune Henri IV restait livré à des maîtres & à des conseillers qui par leurs doftrines devaient faire de lui le fléau de l'Église. Le schisme qui venait d'éclater allait durer cinq ans, jusqu'au concile de Mantoue (1064), & Nicolas II n'en devait pas voir la fin. Résolu pourtant à continuer vigoureusement la lutte, il voulut nommer pour la France deux légats chargés de coopérer à l'œuvre de délivrance matérielle & morale. Pour cette mission il jeta les yeux sur deux moines clunisiens; le premier fut le cardinal Etienne, qui revenait de Constantinople avec Didier du Mont-Cassin ; le second fut l'abbé de Cluny lui-même, alors âgé de trente-cinq ans, chargé spécialement de faire exécuter en Aquitaine les décrets du concile romain contre les clercs simoniaques & scandaleux. Dans cette vaste province, en effet, les monastères clunisiens étaient

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