‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 11 sur 85 · Première Partie. Chap. III. i · texte numérisé non relu

Première Partie. Chap. III. i

sonnes de sexe différent ; et cela au point que ceux qui le connoissoient, pouvoient croire que c'étoit en lui une antipathie naturelle. Si quelquefois la marquise , sa mère , pendant qu'il étoit à Châtillon , lui envoyoit quelqu'une de ses femmes lui porter quelque ordre de sa part, il s'avançoit à la porte , l'écoutoit , et les yeux baissés , lui donnoit sa réponse et la renvoyoit. Bien plus , il n'aimoit pas à se rencontrer seul , même avec la marquise , sa mère ; de sorte que , si , pendant qu'il s'entretenoit avec elle , les autres personnes qui y étoient se retiroient , il faisoit naître quelque motif de se retirer aussi. Etoit-il obligé de demeurer , on le voyoit dans l'instant rougir.

Ce fut à Florence qu'il commença à se confesser plus souvent qu'il ne le faisoit à Châtillon. Le père Delatour , alors recteur du collège de la> Compagnie de Jésus , lui avoit été assigné pour confesseur. Dès la première confession qu'il lui fit , il s'y prépara avec la plus grande application , et s'y présenta avec autant de douleur et de confusion , que s'il eût été le plus grand pécheur du monde. A peine se fut-il mis à genoux, qu'il lui prit une foiblesse; son gouverneur vint à son secours et le reconduisit chez lui. Retournant une seconde fois à ce même confesseur , il fit une revue générale de tous ses péchés ; et on lui a souvent ouï dire depuis , qu'à Florence il avoit fait une confession générale de toute sa vie , dont il avoit été fort consolé.

Il apprit là à se mieux connoître et à démêler les mouvemens de son cœur. La première chose qu'il remarqua , fut qu'il n'avoit point encore assez amorti le feu de la colère ; quoi-

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qu'il en fût assez maître pour n'en rien laisser paroître au dehors , il ne laissoit pas de sentir une certaine émotion qui altéroit un peu la paix de son ame. Il se mit donc devant les yeux combien la colère est un vice honteux , et combien il est déplorable de se mettre dans un état où l'on ne peut plus répondre de soi. Frappé de cette considération , il extirpa si bien tous les germes de ce vice , que jamais depuis , quoique naturellement prompt et bouillant , il ne laissa apercevoir en lui les moindres traces d'impatience ou de vivacité.

Il observa encore que dans la conversation il lui échappoit certains mots contre le prochain , quoiqu'en matière très-légère , mais dont l'exacte charité pouvoit être blessée. Il en fut si mortifié , que pour n'avoir plus à se reprocher de semblables fautes , il résolut de fuir la conversation de toutes sortes de personnes , même de ses meilleurs amis ; aimant mieux vivre seul et retiré , que de rien dire ou entendre qui pût blesser la pureté de sa conscience.

Quelques - uns trouvoient mauvais qu'un jeune prince menât une vie si austère , et selon eux si sauvage : mais Louis fit si peu de cas de leurs discours , qu'il commença dès lors à ne plus jouer à aucun jeu , coutume qu'il garda toute sa vie.

De plus , il devint si obéissant à ses supérieurs , que jamais il ne lui arrivoit de s'écarter de leur volonté , même dans les choses les plus légères. S'il entendoit Rodolphe, son frère, se plaindre quelquefois d'être repris du gouverneur ou de ses maîtres , il l'exhortoit avec amitié à leur être toujours obéissant. Quand il

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