Première Partie. Chap. III. n
Le marquis , au contraire , qui le destin oit au monde , et qui vouloit que rien ne manquât à son éducation , résolut de le tirer de la maison paternelle. Il se mit en route pour Florence , avec Louis et son jeune frère Rodolphe , au commencement de l'été de 1577 , non sans causer une vive douleur à la marquise , qui voyoit avec inquiétude ses en fans s'éloigner d'elle dans un âge si peu avancé.
Le grand duc de Toscane , François de Médicis , les reçut avec beaucoup d'amitié , et voulut même leur donner un appartement dans son palais ; mais le marquis qui vouloit que ses enfans fissent de l'étude leur principale occupation , remercia le grand duc ; il le fît consentir à ce qu'ils occupassent une maison particulière , qui les éloignoit du tumulte et de la dissipation inséparables des Cours.
Louis se trouvoit avoir neuf ans , quand le marquis le laissa à Florence. Il y fit de grands progrès dans la vie spirituelle ; c'est par cette raison qu'il regardoit cette ville comme la mère de sa piété. Il y conçut surtout tant de dévotion à la sainte Vierge , que quand il en partait , ou qu'il songeoit à ses mystères , il paroissoit se consumer par la vivacité de sa tendresse pour Marie. Cette dévotion particulière de Louis s'augmenta beaucoup par la vue d'une image miraculeuse de la mère de Dieu , et par la lecture d'un livre du père Gaspard Loarte , de la Compagnie de Jésus , sur les mystères du Rosaire. Un jour qu'il lisoit cet ouvrage , il se sentit un vif désir de faire quelque chose qui pût plaire à la sainte Vierge ; et il pensa qu'il seroit très-agréable à cette reine du ciel si , pour imiter autant qu'il pourroit sa pureté y
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il lui consacroit par vœu sa virginité. Se trouvant donc un jour en prière devant l'image miraculeuse , il fit à Dieu , en l'honneur de la sainte Vierge , le vœu de chasteté perpétuelle.
Il garda toute sa vie ce vœu si exactement , et avec tant de perfection , qu'il est aisé d'en conclure combien cette offrande avoit été agréable au Seigneur , et avec quelle singulière affection la sainte Vierge avoit pris Louis sous sa protection. C'est par cette raison que ceux qui ont le mieux connu son intérieur, et particulièrement le cardinal Bellarmin , ont assuré , même avec serment , que ce saint jeune homme , pendant tout le temps de sa vie , n'éprouva jamais aucune révolte de la chair ; que jamais il ne fut sujet à aucune pensée ni imagination contraire au vœu qu'il avoit fait. Un pareil privilège est si fort au-dessus des forces et de l'industrie humaine , qu on ne peut douter un moment que ce ne fût une grâce particulière qui lui fut accordée" par l'intercession de la sainte Vierge.
Il est vrai que de son côté Louis fit ce qu'il put pour coopérer à la conservation de cette insigne faveur. Quoiqu'il n'éprouvât en ce genre aucune difficulté , cependant la grande affection qu'il avoit pour la vertu de pureté , fit que dès ce temps il s'adonna à une grande vigilance sur soi-même et sur ses sens , et particulièrement sur ses yeux , ne les fixant jamais sur aucun objet qui pût lui causer la moindre inquiétude. C'est pour cette raison , qu'en marchant dans les rues , il les tenoit toujours baissés. Mais de plus , il montra toujours toute sa vie , et dans tous les endroits où il se trouvoit , un grand éloignement à s'entretenir avec les per-