CHAPITRE IV
Louis y rappelé a Mantoue > prend la résolution d'être Ecclésiastique.
Jl y avoit deux ans que Louis étoit à Florence , lorsque le marquis ayant été fait , par le duc de Mantoue , gouverneur du Montferrat , voulut que ses deux enfans vinssent se fixer à la Cour de son bienfaiteur, qui étoit en même temps le chef de la famille. Ce fut là que voyant de plus près les grandeurs humaines , le jeune Louis sentit croître le mépris qu'il en avoit ; et une maladie, dont il fut alors attaqué , lui fournit l'occasion de rompre le reste des liens qui le retenoient encore dans le monde. Les médecins furent d'avis qu'il consumât par la diète les humeurs qu'on croyoit être la cause de son mal. Louis s'astreignit à cette diète avec tant de rigueur, qu'il est surprenant qu'il n'en
mourût pas. Il la continua dans la suite ; et ce ne fut plus par l'avis des médecins , ou par raison de santé , comme on le croyoit , mais par dévotion , par mortification. Si un pareil remède lui enleva sa maladie , il fut , d'un autre côté , très-nuisible à son estomac , qui s'affoiblit au point de ne pouvoir plus prendre ou retenir la nourriture. Ainsi de l'embonpoint qu'il avoit toujours eu , il passa à une maigreur excessive ; et quoique d'une bonne cornplexion , on le vit peu à peu tomber dans une extrême langueur. Mais l'avantage spirituel qu'il en retira , c'est que son état lui servit d'excuse pour éviter plusieurs amusemens auxquels il auroit été obligé de se prêter , si sa santé lui eût permis d'accompagner partout le duc de Mantoue , comme sa naissance lui en faisoit un devoir.
Ce fut à Mantoue que Louis , âgé de onze ans seulement , prit la ferme détermination de renoncer à son droit d'aînesse et d'embrasser l'état ecclésiastique ; non assurément pour arriver aux dignités de l'Eglise , qu'il refusa toujours ? mais seulement pour pouvoir ? dans un état qui le mettroit hors du monde , s'employer avec plus de liberté au service de Dieu. Dans cette résolution , il pria son père , sans lui rien dire encore de son projet , de le retirer de la Cour , alléguant la foiblesse de sa santé et le désir qu'il avoit de s'adonner plus sérieusement à ses études. En effet , le marquis fit revenir Louis à Châtillon , dans l'espérance que l'air natal joint aux soins de sa mère lui rendroit la santé , pour peu qu'il voulût relâcher de la rigueur du régime qu'il gardoit à Mantoue. Mais Louis , moins curieux de la santé de son